Dessiner un «a» ou un «q» lisible ne va pas de soi. Or, l'école néglige parfois l'apprentissage de l'écriture au profit de la lecture, affirme une récente étude. L'écriture de votre enfant vous désespère? Peut-être ne lui a-t-on pas enseigné à écrire...
C'est un apprentissage très important trop souvent négligé au profit de la lecture, a remarqué Marie-Laure Kaiser, ergothérapeute cheffe au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV). Intéressée par la motricité fine du bras et de la main ainsi que par les liens qui se tissent entre l'écriture et la lecture, elle a rédigé une thèse sur le sujet: quand un enfant présente une faible écriture manuelle, quelles sont les causes liées à son développement, quelles sont les causes liées à l'enseignement?
En réalisant son étude, elle constate que les instituteurs attachent en générai peu d'importance à l'écriture. Dans certaines classes, on ne l'enseigne pas du tout; on indique simplement aux élèves de «faire de l'écriture». On demande alors de copier un modèle sans expliquer le geste. «Cela prétérite l'enfant qui connaît des difficultés quelles qu'elles soient. Lorsque l'écriture s'améliore, la lecture progresse également. Ces deux aspects sont intimement liés. Plus on connaît les lettres, mieux on lit. En les écrivant on les mémorise mieux.»
Un geste nouveau
Le geste du scripteur n'est pas inné. Quand un bambin dessine un cercle, il l'esquisse toujours dans le sens des aiguilles d'une montre. L'expérience se vérifie dans le monde entier et dans toutes les cultures. Or l'écriture demande un geste différent: le a, le o, le d se dessinent dans l'autre sens, à l'inverse du trait spontané. Il faut donc l'apprendre. A trois-quatre ans, la dextérité des doigts est loin d'être acquise. Sauf chez les petits Asiatiques qui la développent en mangeant avec des baguettes.
Les bases de l'écriture doivent être abordées très tôt, dès l'école enfantine. On travaille quotidiennement les jeux de motricité avec des perles, des billes, de petits objets. Même la nourriture peut aider: saisir une cacahuète, par exemple. Tenir correctement un crayon fait partie du développement de l'enfant. Il le tient avec le pouce, l'index et le majeur et le stabilise avec les deux derniers doigts. II commence par utiliser tout son bras et peu à peu maîtrise son poignet, puis sa main. La prise mature du crayon est acquise entre la 1ère et la 2e année primaire.
«Il est très important que les enseignants préparent les enfants en faisant du pré-graphisme. Qu'ils apprennent à tracer des droites, des courbes, des carrés, des triangles, et à faire cela de plus en plus vite, dans une taille de plus en plus petite, pour entraîner la dextérité des doigts et la prise en main du crayon», relève Marie-Laure Kaiser.
Le modèle au tableau
Au début de la scolarité obligatoire, l'enseignant explique soigneusement le mouvement en montrant le modèle au tableau, voire en s'asseyant à côté des enfants. Il ne faut surtout pas dévaloriser les petits «apprentis», mais les aider à faire mieux, les encourager, les inciter à analyser leur tracé, à trouver eux-mêmes les erreurs qu'ils ont faites. En général, ils les repèrent très bien. Il faut apprendre juste, puis répéter jusqu'à l'acquisition. L'outil qui convient à cet âge est le crayon, le feutre fin, puis la plume lorsque l'écriture est acquise.
A l'école primaire «il faut vraiment mener de front l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Parfois, dans les classes, on voit au mur des modèles d'alphabet différents de celui qu'on apprend. Ce n'est pas une bonne approche, elle sème la confusion. Il faut toujours montrer la même chose à l'enfant qui mémorise peu à peu le mouvement à programmer pour la lettre. Il l'apprend bien et quand il la connaît, il est capable d'aborder les autres formes.» Au début de l'enseignement, la répétition doit être fréquente, entre trois et cinq fois par semaine. Les enfants apprennent vite l'ensemble des lettres, le reste suit bien.
L'écriture à préférer pendant la durée de l'apprentissage est l'écriture semis liée. Lorsque l'enfant maîtrise l'écriture, soit entre la 3e et la 4e primaire, il peut choisir l'écriture scripte. Pas plus tôt parce que si l'écriture scripte est plus facile à écrire, elle favorise aussi la confusion entre certaines lettres, le p, le b, le q par exemple; et aussi parce que la séparation entre les mots est moins visible.
Mauvais scripteurs
Quand l'enfant peine à écrire à l'école enfantine, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. A l'école primaire, s'il n'y a pas d'amélioration après quelques mois, il est bon qu'un ergothérapeute évalue l'enfant, teste son écriture, la dextérité de ses doigts, la coordination de l'œil et de la main. Parfois, les enfants n'ont besoin que d'un coup de pouce. Parfois, le spécialiste décèle un trouble de la coordination; on envisage alors une prise en charge.
Mais ce qui manque à l'apprentissage de l'écriture, c'est surtout le savoir-faire des enseignants. «Ils ne sont pas toujours suffisamment formés, probablement à cause de l'importance dominante accordée à la lecture, regrette la spécialiste. On trouve une grande disparité parmi eux: certains font du préapprentissage, d'autres moins, voire pas du tout. Beaucoup d'entre eux croient que si on sait lire, on sait écrire. Ce n'est pas le cas. Par la suite, les mauvais scripteurs personnalisent difficilement leur écriture.»
L'ordinateur ne remplace pas le crayon
Les enfants écrivent moins qu'autrefois. On leur fournit des textes photocopiés. Ils passent aussi plus de temps devant les écrans où ils n'exercent que les pouces avec les manettes. C'est dommage pour l'endurance; moins entraînée, la main se fatigue. Or, à partir de la 3e primaire, arrivent de nouvelles exigences, les compositions, les dictées. L'enfant n'y est pas suffisamment préparé et ses résultats peuvent en souffrir. Prenons l'exemple de la dictée. Si l'on est un faible scripteur, on doit se concentrer sur la formation de ses lettres en même temps qu'on réfléchit aux règles de grammaire et d'orthographe; cela fait beaucoup. II en va de même pour la composition. Tout est plus simple lorsque l'écriture est automatisée.
On apprend à écrire parce qu'on ne peut se passer de l'écriture dans le quotidien; durant toute la vie, ii y a des formulaires à remplir, des notes à prendre. A l'école, l'ordinateur ne doit la remplacer qu'en cas de grandes difficultés. Le reste du temps, il faut trouver un juste équilibre entre son utilisation et l'écriture manuelle. Entraîner l'endurance et la vitesse de l'écriture est toujours utile. Des jeux fins, comme le découpage, sont les bienvenus.
+ d'infos:
Les enfants ayant des troubles moteurs en prématernelle et en maternelle: Ressource à l'intention des éducateurs
Source:
Famille-ge.ch, article rédigé par Geneviève Praplan extrait d'Echo Magazine
Nous suivre