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Mardi, le 22 Mai 2012.
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HarmoS: il facilitera la vie des familles

HarmoS: il facilitera la vie des familles, article Babybook Chaque année en Suisse, quelque 100 000 personnes changent de canton. Cette mobilité complique la tâche des écoliers. Age d'entrée à l'école, organisation des cycles d'études ou encore apprentissage des langues, tout diffère d'une région à l'autre. L'entrée en vigueur du concordat visant à harmoniser la scolarité obligatoire dans les 26 cantons va améliorer la situation.

Des milliers d'élèves en ont fait l'expérience: passer d'un canton à l'autre peut virer au cauchemar. De 1995 à 2000, on estime que 5% des enfants scolarisés ont changé au moins une fois de canton. Quand certains ont déjà étudié deux ans d'allemand, d'autres savent juste dire Guten Tag! Bonjour les complications pour les gosses, les parents et les enseignants. Ainsi, en 2006, les citoyens suisses ont exprimé massivement (à 86%) leur volonté de voir les systèmes scolaires cantonaux s'harmoniser entre eux, pour favoriser la mobilité des familles et la qualité de l'enseignement. En acceptant la révision des articles constitutionnels sur l'éducation, les Suisses ont donné un premier signal. Ensuite, les 26 cantons, réunis au sein de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP), se sont mis au travail et ont élaboré le fameux concordat HarmoS (voir encadré). C'est en Suisse alémanique que l'accord a fait le plus d'opposants. Des cantons comme les Grisons, Lucerne, Thurgovie, Zoug l'ont refusé. Tous les cantons romands l'ont approuvé, mais aussi Zurich, Berne, Glaris, Saint-Gall, Schaffhouse, Bâle-Ville et le Tessin. D'autres ont encore à se prononcer. Le plan d'harmonisation est entré en vigueur le 1er août 2009 pour les cantons signataires, qui ont toutefois jusqu'à la rentrée 2015-2016 pour mettre en oeuvre ce qui leur fait défaut pour être HarmoS compatibles.

HarmoS, c'est d'abord l'école obligatoire à 4 ans. «Trop tôt» ont clamé des opposants au concordat. Un avis réfuté par Marcel Bulliard, enseignant, qui pilotait le comité de soutien à HarmoS dans le canton de Fribourg: «L'école à 4 ans offre une égalité des chances. L'école maternelle est payante et les places dans les crèches peu nombreuses. Tous les parents n'y ont pas accès. L'école à 4 ans permet également d'apprendre la langue du lieu. Elle assure une formation minimum pour tous.» S'ajoutent à cela d'autres avantages, tel le dépistage précoce des difficultés. «Une dyslexie, détectée à 4 ans, permet ensuite à l'enfant d'avoir une scolarité sans problème», renchérit John Vuillaume, du Syndicat autonome des enseignants neuchâtelois. Par ailleurs, l'introduction de la 2e enfantine obligatoire engagera des moyens importants. A Fribourg, quelque 110 classes s'ouvriront d'ici à 2013 et 27 à Neuchâtel. «L'ouverture d'une classe coûte 80 000 francs, 45% sont payés par le canton, et 55% par la commune», nous précise l'inspectrice scolaire neuchâteloise Christiane Droz Giglio.

A Genève, l'école à 4 ans est acquise depuis belle lurette. C'est en revanche le nouveau délai d'inscription à l'école qui chicane les Genevois, comme le relaie la coordinatrice du Groupement genevois des associations de parents d'élèves du primaire (GAPP): «Auparavant, la date butoir était fixée au 31 octobre, elle remonte au 31 juillet. La rentrée scolaire étant fixée à la fin d'août, un enfant né le 15 août commencera l'école à 5 ans révolus. Les parents grognent: devront-ils mettre leur gosse à la crèche un an de plus ? C'est cher, et les programmes ne sont pas adaptés à des enfants plus grands. Le Département a dit qu'il n'y aura pas de possibilités de dérogation. Cette articulation crèche-école nous pose problème. Sinon, pour ce qui concerne l'harmonisation générale, tous les parents sont contents de savoir qu'ils pourront bouger d'un canton à l'autre, grâce notamment au Plan d'études romand (PER).»

Le PER contient la description de ce que les élèves doivent apprendre durant leur scolarité obligatoire et les niveaux à atteindre. A 8 ans, un jeune Valaisan et un Neuchâtelois auront les mêmes connaissances de base. «Le PER, c'est aussi une autre manière d'aborder les disciplines. On veut former des adultes réflexifs et compétents», analyse Christiane Droz Giglio.

HarmoS se fait l'écho d'une société qui évolue. En Suisse, 73,6% des femmes ayant des enfants de moins de 15 ans ont un emploi à l'extérieur. Même si ce sont en majorité des postes à temps partiel. Pour faciliter l'organisation des familles, surtout quand les deux parents travaillent, le concordat recommande les horaires blocs. Cela signifie que, dans une même commune, le petit de 4 ans et le grand de 11 ans ont des heures d'entrée et de sortie de l'école unifiées. Une période bloc correspond à quatre leçons (de quarante-cinq ou cinquante minutes selon les cantons).

A Genève, les horaires blocs homogènes, avec des temps d'accueil intégrés durant les trois premières années, fonctionnent déjà depuis de nombreuses années. L'accueil parascolaire est également bien étoffé, mais croule sous les demandes, notamment pour les repas de midi. C'est le lot d'une grosse agglomération. Saut de puce dans la commune fribourgeoise d'Arconciel (750 habitants), où le système D prévaut: «Rien n'est organisé. On favorise l'entente interparents, constate l'instituteur, Marcel Bulliard. Il y a huit ans, la question avait été posée aux familles. Le besoin n'était pas grand. Aujourd'hui, des demandes régulières se font sentir, et la commune devra se pencher sur le problème, à court ou à moyen terme...» En revanche, à Neyruz (2100 habitants), qui compte trois classes enfantines et dix primaires, un accueil a été mis sur pied depuis 2000 déjà. Vingt-cinq enfants à midi, une vingtaine le soir. Il peut fonctionner le matin, entre 7 h et 8 h, pour autant que le nombre d'écoliers inscrits soit suffisant.

Dans le canton de Vaud, les citoyens ont dit oui à l'école à journée continue en septembre 2009. La nouvelle loi va plus loin qu'HarmoS, puisqu'il y a l'obligation pour les communes, avec l'aide de l'Etat, de partenaires privés et la participation des parents au financement, d'organiser un accueil scolaire surveillé, pour toute la durée de la scolarité obligatoire. Sa fréquentation demeure facultative pour l'élève. Il reste à dénicher les deniers pour rendre effective une structure parascolaire digne de ce nom.


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«Garder l'enfant chez soi est un peu égoïste»
Interview

Un des arguments avancés par les opposants à HarmoS est la précocité de l'entrée à l'école. Vrai ou faux? Décryptage par Tania Ogay, professeur associée au Département des sciences de l'éducation de l'Université de Fribourg.

Avec HarmoS, c'est l'école obligatoire dès 4 ans. Est-ce trop tôt?

Il faut se demander de quelle école on parle. Si on exige des enfants de rester silencieux sept heures par jour, ça ne va pas aller. L'école enfantine permet l'éveil aux matières scolaires; on parle de préécriture, prélecture, toujours dans une approche ludique. Ensuite, il y a les apprentissages sociaux: être avec d'autres enfants, devoir écouter un adulte, c'est extrêmement important. Par ailleurs, l'école enfantine familiarise les enfants avec les exigences scolaires et évite que l'entrée dans le primaire ne soit une plongée dans l'eau froide. Les opposants à l'école à 4 ans sont les premiers à dire que les écoliers doivent apprendre plus de maths, de français, qu'ils n'en savent pas assez...

C'est comme si on voulait les protéger quand ils sont petits, et dès le primaire, soumettre les élèves au régime le plus dur.

Certains détracteurs disent aussi qu'on vole l'enfance des petits...

Si l'enfant évolue dans un milieu qui le stimule beaucoup, avec des parents qui sont présents et font avec lui des activités, tant mieux. Mais ce n'est pas le cas de tous. Garder l'enfant chez soi est aussi un peu égoïste, dans la mesure où les petits ont envie d'aller à l'école et non pas de rester toujours avec maman. En revanche, c'est triste de constater qu'ils ont moins envie d'y aller plus tard... Voir la famille comme un paradis tient du mythe.

A cet âge, les garçons et les filles ont-ils la même réceptivité?

Je ne crois pas qu'il y ait une différence. Ça dépend beaucoup de l'environnement. Filles ou garçons, ils vont imiter les copains, les enfants plus âgés. C'est plus tard qu'apparaissent des différences d'intérêt. Les filles seraient plus «scolaires », se conformeraient plus facilement aux règles de l'école.

En Suisse alémanique, certains préconisent, dès 3 ans, une initiation linguistique pour les enfants de familles allophones. Est-ce nécessaire?

La scolarisation pour tous à 4 ans, c'est déjà très bien. A cet âge-là, les enfants s'adaptent facilement aux contextes dans lesquels ils se trouvent. Cela ne me semble pas forcément nécessaire d'avoir en plus un entraînement spécifique. On risque de stigmatiser certains enfants, de leur mettre une pression excessive. Mais il faut attendre les résultats de ces initiatives pour se prononcer.

A 4 ans, un petit peut-il avoir peur d'un grand de 10 ans?

Un bâtiment sur quatre étages, avec des classes partout, des grands de 6e turbulents, cela peut être inquiétant pour les petits. Prendront-ils leur récréation aux mêmes heures, à quel endroit? Il faut bien réfléchir à les mettre dans un environnement sécurisant pour que cette première expérience avec l'école soit positive.



+ d'infos:
> HarmoS, en bref, c'est...
  • L'âge d'entrée à l'école obligatoire est fixé à 4 ans révolus au 31 juillet.
  • La scolarité obligatoire dure onze ans, répartis ainsi: huit ans pour le primaire, y compris les deux ans d'école enfantine, et trois ans pour le secondaire.
  • L'apprentissage des langues, en Suisse romande, démarre en 3e primaire avec l'allemand, puis vient l'anglais en 5e (ou respectivement en 5e et en 7e selon le décompte HarmoS).
  • La définition de domaines d'apprentissage identiques pour tous les écoliers du pays. Ces domaines sont: langues (langue de scolarisation et langues étrangères), mathématiques et sciences naturelles, sciences humaines et sociales, musique, arts et activités créatrices, mouvement et santé.
  • Des standards de formation décrivent les compétences de base que tous les élèves doivent atteindre à la fin des 2e, 6e et 9e années (ou 4e, 8e et 11e selon le décompte HarmoS). Cela en langues, maths et sciences naturelles.
  • Chaque région linguistique a un seul plan d'études. Les cantons romands ont adopté le PER (Plan d'études romand), lequel propose un projet global de formation de l'élève.
  • Des horaires blocs: on favorise des demi-jours entiers.
  • Des structures d'accueil de jour selon les besoins de la population.
> Le témoignage exclusif de Tania Chytil, journaliste à la TSR, pour Babybook

Article rédigé par Marie-Françoise Macchi

Source: Babybook Magazine (numéro 3 paru en octobre 2010)

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