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Lundi, le 21 Mai 2012.
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Que mangent vraiment les enfants ?

Que mangent vraiment les enfants ?


Centre de Recherche et d'Information Nutritionnelles


Babybook, magazine de la famille Suisse
Comprendre les comportements alimentaires des adolescents afin de porter un regard plus réaliste sur cet âge de la vie, c'est le défi de l'étude AlimAdos, grande enquête de terrain dont la méthodologie empruntée à l'ethnologie et l'anthropologie souligne l'originalité. Trois ans durant, des chercheurs se sont immergés dans 500 familles, pour observer l'assiette et le comportement alimentaire de jeunes. Véronique Pardo, anthropologue et coordinatrice de l'enquête, revient sur ces principaux constats. Interview :




Quels types d'adolescents avez vous rencontrés ?
Nous avons approché 1500 jeunes chez eux, dans la rue, à la cantine, avec leurs parents, grands-parents et leurs proches. Tous les milieux socio-culturels étaient représentés. Les jeunes étaient nés en France, mais leurs cultures étaient diverses. Certains avaient des ascendants originaires de Turquie, du Maghreb, d'Afrique de l'Ouest ou des Comores.

A l'origine de l'enquête AlimAdos, il y a une volonté d'en finir avec les poncifs liés à leur alimentation.
En effet. Il n'existait jusqu'alors aucune étude terrain sur l'alimentation des adolescents en France. Mais le consensus voulait qu'ils soient adeptes de la malbouffe. En réalité, leur alimentation est plutôt variée. Certes, ils mangent des pizzas ou des kebabs. Mais pas seulement. Ils apprécient aussi la cuisine familiale. Sans être dans la béatitude - je parle de variété, pas d'équilibre -, la plupart sont attentifs à ce qu'ils mangent.

Comment reçoivent-ils les messages d'équilibre nutritionnels ?
Ils connaissent les recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS). Mais la contradiction entre le contenu des publicités et les injonctions nutritionnelles qui y figurent en bandeau, les révoltent. Dans les familles les plus défavorisées économiquement et culturellement, certaines mamans assimilent en outre ces messages à des labels de qualité. Pour elles, cela signifie que l'aliment est bon pour la santé... Il faut les aider à faire la part des choses.

Les discours culpabilisants des adultes auraient-ils des conséquences néfastes sur le rapport à l'alimentation des adolescents ?
Les parents d'adolescents, abreuvés d'informations sur l'obésité, sont, en effet, obsédés par le poids de leurs enfants. Ils parlent prévention plutôt qu'alimentation, créent des problèmes là où il n'y en pas toujours. Il faut relâcher cette pression, source de conflits.

En quoi les plus déshérités d'entre eux ont-ils une approche spécifique de l'alimentation ?
S'ils connaissent les normes nutritionnelles, ces adolescents ont moins accès à des produits diversifiés, les fruits et légumes surtout, qui sont trop chers. En revanche, ils consomment plus de produits sucrés et de sodas que d'autres car leurs parents en achètent pour leur faire plaisir. De fait, les adolescents en surpoids sont plus nombreux dans ces milieux.

Qu'en est-il de ceux dont les familles ont des parcours migratoires ?
Certains, comme les Turcs, dont l'immigration est récente, sont très attachés à leur patrimoine culinaire. Les adolescents dont les parents ou grands-parents sont originaires du Maghreb, ont un vécu plus compliqué. Ils rejettent une cuisine traditionnelle perçue comme trop grasse. Bien souvent, les garçons, surtout, prennent leurs repas en dehors de la famille. Mais lorsque les jeunes filles cuisinent, elles préparent aussi bien des cordons bleus que des tajines. Leur alimentation quotidienne est métissée.

Il y aurait finalement autant de types d'alimentation que de styles de jeunes ?
Absolument. Leurs comportements alimentaires varient, notamment selon la représentation qu'ils ont d'une norme corporelle idéale. Cette norme est différente selon le sexe. Les filles se voient souvent trop grosses tandis que les garçons sont plus laxistes. Les adolescents cherchent à ressembler à leurs idoles. Les chanteuses de R'n'B, comme Mia Frye ou Beyoncé, sont plébiscitées dans tous les milieux, pour leurs corps bien en chair, sain et sportif. Dans les milieux populaires, où le rap est souvent la référence, l'idéal corporel est plus massif. Dans ces cas, l'alimentation est moins axée sur la restriction alimentaire. Si la minceur reste valorisante, tous rejettent l'extrême maigreur.

La grande révolution des comportements alimentaires adolescents, c'est la street food : le fait de manger en dehors des lieux traditionnels, souvent debout, et en mouvement... Quel sens peut-on y voir ?
Manger dans la rue est une forme de transgression, une façon d'être plus libre, plus autonome. Les jeunes rompent avec les institutions et inventent leurs codes, notamment alimentaires. Se regrouper entre adolescents pour manger, c'est un acte social fort. Ils partagent leur repas, - une pizza, des frites, une bouteille de soda qu'ils font circuler, - et mangent parfois en marchant. D'où l'importance de l'emballage, boîte en carton ou plastique qui doit être pratique, car il est très mal vu de se salir. Les produits marquetés pour une consommation nomade, comme les yaourts liquide, plaisent beaucoup.

Pourtant, ils restent attachés à la cuisine de leurs grand-mères.
Oui, parce qu'elles cherchent à leur faire plaisir en préparant les petits plats qu'ils aiment, sans leur faire la morale, ni leur parler restriction ou régime. Une grande partie du savoir-faire culinaire passe du reste par les grands-mères.

Les adolescents fuient souvent la cantine à partir du lycée sauf s'ils sont contraints de la fréquenter par manque de budget. Quelle est votre explication ?
Les adolescents sont critiques. Ils disent « On ne cuisine pas pour nous. Ils se fichent de nos goûts». D'ailleurs, il s'agit pour eux de « cantine » quand les adultes évoquent le « restaurant scolaire ». Mais ceux qui en parlent le plus sont ceux qui ne la fréquentent pas ! Cependant, nous avons travaillé avec des cantines, notamment dans des lycées marseillais où les cuisiniers allaient à la rencontre des jeunes, pour leur demander ce qu'ils aimaient ou pas. Les déchets à la plonge étaient alors réduits. La part relationnelle est importante. Les adolescents ont besoin de sentir qu'on les entoure, qu'on cherche à leur faire plaisir.

Les adolescents ont envie qu'on leur parle davantage du plaisir de manger.
Les jeunes ont en effet une vraie curiosité alimentaire. Ils sont ouverts à la découverte de nouveaux goûts, à la diversité... Réintroduire les cours de cuisine à l'école, comme en Finlande ou en Norvège, serait une bonne chose. A condition de leur faire mettre la main à la pâte. A Strasbourg, nous suivions un centre social où l'on proposait des cours à des populations défavorisées. L'expérience a pris fin, par manque de budget. Pourtant les cours étaient pleins et les adolescents s'impliquaient beaucoup, depuis les courses jusqu'à la réalisation des recettes.

Extrait de « Alimentation et petit budget », propos recueillis par Caroline de La Porte

www.babybook.ch et www.parentsolo.ch



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