Le système de notation a tendance à disparaître, mais cela n'enlève pas l'esprit de compétition des enfants et leur besoin de comparaison. En dehors du challenge individuel, quelles méthodes adoptent les enseignants pour former les adultes de demain?
Chaque enfant se développe à son propre rythme et est différent en termes de besoins, capacités, intérêts, influence culturelle et de comportements. Certains enfants sont des apprenants visuels tandis que d'autres sont des apprenants auditifs. Parallèlement à ce premier constat, l'enseignant se trouve dans une situation contradictoire, puisqu'il doit former des individus tout en délivrant des savoirs à un groupe. Dernière ambiguïté face à l'enseignant, l'élève, qui est pris dans une logique d'apprentissage individuel, tout en ayant à investir une énergie considérable dans ses relations avec ses pairs.
Les Anglais l'adorent
L'apprentissage compétitif pourrait être défini comme une recherche simultanée par deux ou plusieurs personnes d'un même résultat. La compétition est alors basée sur une rareté et sur des comparaisons sociales. Quand on demande aux élèves d'entrer en concurrence, ils travaillent individuellement l'un contre l'autre pour atteindre un objectif que seuls quelques uns peuvent atteindre. Les efforts individuels sont basés sur l'indépendance et l'isolement des autres.
Selon Doris Perrodin-Carlen, spécialiste de l'éducation des enfants à haut potentiel DIPL, à la Tour-de Peilz (VD) « l'esprit de compétition est en partie inné car même sans notes, les enfants parviennent à se comparer les uns aux autres. Ce n'est pas grave tant qu'ils se respectent. Je crois en revanche qu'ils entrent souvent en compétition, non pas pour eux-mêmes et leur propre intérêt, mais parce qu'ils pensent au regard des autres ».
En Europe, il existe principalement deux systèmes scolaires basés sur la compétition: le système sélectif anglo-saxon et le système latin. Dans le système sélectif anglo-saxon (Grande-Bretagne), la continuité scolaire est plutôt recherchée dans le secondaire, et 10 % des élèves sont scolarisés dans des Grammar Schools (établissements privés) sélectives. Les anglo-saxons privilégient l'acquisition de l'autonomie à celle des connaissances. Cependant, ils auront tendance à mettre en avant les progrès des élèves indépendamment de leur niveau initial.
Selon l'éducatrice vaudoise « les anglophones sont très forts en compétition car ils savent bien la vivre, mieux que nous et ils raffolent des concours. En Suisse, nous n'aimons pas nous mettre en avant, nous vanter, c'est la mentalité. En conséquence, les enfants à haut potentiel sont moins encouragés, par peur de les voir développer une arrogance. Ensuite, il devient difficile de les inciter à faire des concours, même anonymes. »
Le système latin (en vigueur en France, Espagne, Italie et Grèce) stimule l'esprit de compétition en privilégiant l'acquisition des connaissances et en s'attachant plus aux savoirs et aux acquis.
C'est un système qui implique un contrôle des compétences, des examens et des notes de manière récurrente, sans oublier que le
redoublement y a sa place.
La Suisse possède un système très particulier, puisqu'elle semble bénéficier d'autant de systèmes scolaires qu'elle possède de cantons. Du public au privé, les écoles tentent cependant de transmettre un apprentissage basé à la fois sur les connaissances et la recherche autonome de ces acquis. Mais là encore, tout dépend de l'école.
Le Collège du Léman, un savant dosage
Sophie Lenoir, principale du préscolaire, au sein du Collège du Léman (GE) explique la philosophie de l'établissement international: «Nous avons une pédagogie active, par laquelle les enfants sont acteurs de leur apprentissage. De plus, nous individualisons l'enseignement pour que chaque élève travaille au maximum de ses capacités, en respectant son rythme. Dans une même classe, il peut y avoir des enfants qui savent lire à 4 ans, et d'autres qui ne connaissent que les sons»
Lorsque l'on évoque le sujet de l'esprit de compétition, elle ajoute: «certains enfants sont plus dans la compétition que d'autres, parce qu'ils sont encouragés par une famille ambitieuse, mais pas seulement. Certains aiment se dépasser, ils ont le goût de l'effort et c'est très honorable car cela montre leur volonté naturelle de grandir».
Afin d'encourager cette volonté naturelle et la voir partagée avec les camarades, le Collège du Léman possède en préscolaire, un petit rituel bien à lui. Lorsqu'un enfant réalise un travail exceptionnel comme un grand puzzle ou une chaîne numérique, l'élève est d'abord félicité par l'enseignante. Ensuite, il peut sonner une clochette pour expliquer à la classe ce qu'il a fait et comment il y est parvenu. La principale précise: « cela encourage l'élève individuellement et sert le groupe tout entier ».
L'établissement du Léman semble ainsi manier la concurrence avec doigté et précaution en la dosant d'un zeste de coopération. Saine émulation et coopération, ne constitueraient-ils pas la recette idéale? Sophie Lenoir explique: «L'effort intellectuel est une démarche solitaire et la sécurité affective de l'enfant est donc essentielle pour l'apprentissage. Les enseignants doivent eux, faire en sorte que l'élève se sente intégré, appartenant à sa classe. Si l'enfant se sent trop jugé et évalué, il risque d'abandonner, de perdre espoir car il se sentira nul, quoi qu'il fasse. Certains établissements élitistes vont décourager l'enfant très tôt. C'est dommage car l'apprentissage est une entreprise de longue haleine».
Scandinavie, royaume de la coopération
Contrairement à l'apprentissage compétitif, l'apprentissage coopératif est une démarche active par laquelle l'apprenant travaille à la construction de ses connaissances. Le formateur y joue le rôle de facilitateur des apprentissages alors que le groupe y participe comme source d'information, agent de motivation et moyen d'entraide mutuelle. La classe devient alors un lieu privilégié d'interaction pour la construction collective des connaissances. Dans la démarche collaborative, les apprenants collaborent aux apprentissages du groupe et, en retour, le groupe collabore à ceux des apprenants.
Étant donné que la collaboration n'est pas innée mais qu'elle s'apprend, Charles Crook, chercheur à l'université de Nottingham, préconise donc d'apprendre aux enfants à collaborer dès leur plus jeune âge: «L'individu apprend mieux et plus en collaborant, bien qu'il ne soit pas facile de collaborer. Ce qui reste difficile est de faire collaborer les enfants car il faut pouvoir exprimer publiquement ses pensées, négocier des consensus, partager des objectifs et être capable de “co-construire” ensemble. Finalement le moteur de la collaboration est la communication».
En Europe, deux types de systèmes scolaires basés sur l'apprentissage coopératif existent: le type germanique différencié (Allemagne, Autriche, Suisse, Pays-Bas, Luxembourg) qui comprend une orientation différenciée très tôt des élèves en trois filières - le Gymnasium (30 % des élèves), menant à des études universitaires, la Realschule, menant à des études supérieures non universitaires et à une formation professionnelle courte, et enfin les Hauptschulen.
Les systèmes scandinaves (Suède, Norvège, Islande, Danemark, Finlande) davantage poussés vers la coopération, axent l'apprentissage sur l'école unique. De 7 à 16 ans, les élèves suivent le même cursus en primaire et au collège, dans une école unique, la Folkeskole, dans le même groupe-classe, avec le même professeur principal. Le redoublement est rarissime et 95 % des élèves obtiennent leur diplôme en dernière année de ce cycle.
Considérer l'école comme un lieu de vie, et non exclusivement comme un lieu de savoirs, voilà ce qui participe peut-être à la réussite de l'école finlandaise, confirmée à chaque publication du palmarès international (PISA). Brillants en lecture et en maths, les petits Finlandais montrent aussi de remarquables capacités d'apprentissage des langues. Et pourtant, la compétition n'y est pas promue. Chaque enfant assimile l'enseignement fondamental selon son appétit et son rythme.
Selon Kirsti Santahol, professeur de français à Helsinki, «les élèves sont encouragés à travailler de façon autonome. J'évite les jugements négatifs qui vont paralyser l'élève dans son envie d'apprendre: tout le monde a le droit à l'erreur». Les élèves d'un même âge avancent ensemble, quelque soit le niveau de chacun. Les enseignants ont fréquemment recours au travail en petits groupes ce qui permet aux enfants forts d'aider ceux qui le sont moins, laissant la possibilité au professeur de s'occuper individuellement de tous les élèves.
Selon Sophie Lenoir du Collège du Léman, « Il faut donner aux enfants l'envie d'apprendre et qu'ils y trouvent du plaisir. La route de l'apprentissage est longue et parfois, je vois des tortues qui vont aller bien plus loin que le lièvre... »
Source: Magazine Babybook (numéro 4 paru en mai 2011)
Article rédigé par Nina Siharath et Sabrina Faetanini
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