Entretien avec Marie-Noëlle Baechler
Marie-Noëlle Baechler, praticienne en relation d'aide, formée et diplômée par la Société Suisse pour l'approche centrée sur la personne.
Dans le cadre de sa formation et de son engagement associatif, Marie-Noëlle Baechler a été amenée à rencontrer des personnes intersexuées, à découvrir leurs identités et leurs parcours de vie et à accompagner plusieurs d'entre elles.
Arriveriez-vous à caractériser l'attitude et les mots justes des parents qui permettent à l'enfant intersexué de construire au mieux sa personnalité ?
Le respect avant tout. Et dire la vérité à l'enfant en ce qui concerne sa différence. Il est fondamental de parler d'une différence et non pas d'une maladie. Il faut également que les parents laissent un maximum de choix par rapport à d'éventuels traitements. A noter que le CHUV a cessé de faire des interventions sur des nouveaux-nés, notamment de raccourcir les clitoris jugés trop longs, une opération lourde de conséquences plus tard puisqu'elle prétéritait la vie sexuelle de la personne.
A contrario, et selon votre expérience, quelle attitude parentale peut s'avérer particulièrement destructrice pour l'enfant ?
Le déni, la manipulation, le mensonge sont particulièrement destructeurs. Le fait d'ériger la différence de l'enfant en maladie constitue également une attitude destructrice pour l'enfant.
De quelles difficultés familiales souffrent les enfants au sexe non déterminé ?
La cause principale de souffrance pour l'enfant est le malaise des parents et des proches.
Rencontre-t-on encore des cas où l'intersexuation est cachée à l'enfant par ses propres parents ?
Oui, c'est le cas parmi les personnes que j'ai rencontrées. Ces secrets de famille restent quelque chose de particulièrement mal vécu.
Le désarroi des parents est-il dû selon vous prioritairement à la peur de voir leur enfant rencontrer de grosses difficultés plus tard sur le plan de son identité ou à d'autres motifs (regard extérieur, préjugés propres aux parents, etc.) ? Clairement les deux. Les parents projettent beaucoup de choses sur l'enfant à venir. Lorsque l'enfant naît différent, beaucoup de ces projections et attentes s'effondrent subitement. On rencontre aussi des parents qui ont des préjugés sexistes et/ou homophobes. La naissance d'un enfant hors normes est dans ce cas particulièrement «secouante». Ajoutons que des parents ignoraient tout simplement que l'intersexuation puisse exister chez l'être humain, comme d'ailleurs chez les mammifères et chez les autres animaux.
La réaction des parents reste très influencée par la manière dont le corps médical s'adresse à eux. La relation parents-médecins joue en effet un rôle important et suivant la confiance dont les parents font preuve à l'égard du milieu médical, ils auront plus ou moins tendance à suivre l'avis des médecins.
Marie-Noëlle Baechler conseille de lire: Ni homme ni femme, enquête sur l'intersexuation, Julien Picquart, La Musardine, 2009
+d'infos:
Source : Magazine Babybook Enfant (numéro 5, Automne-Hiver 2011-12)
Propos recueillis par Anne-Lise Reymond
www.babybook.ch et www.parentsolo.ch
Réagissez à cet article
Il vous faut tout d'abord vous connecter à votre compte Babybook ! (tout en haut du site)
Si vous n'êtes pas inscrit(e) sur Babybook, vous pouvez créer une compte en quelques clics, et serez immédiatement connecté(e) à votre compte Babybook.
Une fois inscrit(e) et connecté(e), vous pourrez revenir sur cette page afin de réagir à cet article.
Retourner à la liste des articles
Nous suivre