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Vendredi, le 18 Mai 2012.
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Quand les grands parents se font mamans de jour

Quand les grands parents se font mamans de jour, article Babybook Alors qu'en Suisse, le système de garde n'est pas des plus précurseurs en Europe et que les places en crèches se font de plus en plus rares, la plupart des parents qui travaillent se tournent vers quelqu'un de leur entourage pour s'occuper des enfants. En première place, les grands-parents, souvent maternels, et cela quel que soit l'âge des enfants. Un rêve pour certains, un cauchemar pour d'autres.

Magalie n'a pas eu le choix. Avec 3.2 places de crèches pour 1000 enfants dans la région lémanique, elle a préféré demander de l'aide à sa mère. « Comme mon père n'est pas encore à la retraite, et que ma mère, pour sa part, n'a jamais travaillé, j'ai préféré lui demander de l'aide. Au début je n'osais pas la déranger mais étant donné l'impossibilité de trouver une crèche sur Genève, elle s'est proposée. » Pourtant la mère de Magalie était très active. Du club de tennis aux associations caritatives, en passant par le café hebdomadaire entre copines, cette quinquagénaire débordant d'enthousiasme n'avait pas une minute à elle et ne se voyait pas replonger dans les couches. « En tant que grand-mère, je pensais voir ma petite fille une fois par semaine tout au plus; mais devant les problèmes de ma fille pour trouver une crèche ou une maman de jour, j'ai préféré mettre entre parenthèses quelques activités. Je vois toujours mes copines, et toutes mettent la main à la pâte pour changer ma petite-fille ou jouer avec elle.» Magalie est ravie de cette situation et ne voit pas quel problème il peut y avoir à laisser son enfant à sa mère. « Puisqu'elle m'a élevée, elle peut élever ma fille et cela coûte bien moins cher qu'une crèche. »

En effet, à environ 120 francs suisses par jour en crèche, on peut comprendre le choix de Magalie. Laisser ses enfants à un proche parent est devenu une solution pour 54,4% des parents en couple et 54,9% des familles monoparentales. Ce ne sont donc plus uniquement les familles monoparentales qui ont recours aux grands-parents pour garder les enfants. En Suisse, les grands-parents passent 100 millions d'heures par an à garder leurs petits-enfants, ce qui équivaut à 20 milliards de francs d'économisés. Pourtant les Papy-boomers actuels étant les Baby-boomers d'antan, on aurait cru ces grands-parents moins gâteux et plus assidus de liberté que leurs aïeux. Cependant, alors que le cliché les voudrait chevauchant une Harley Davidson, se remémorant l'émancipation acquise avec mai 1968, cette nouvelle génération de grands-parents investit beaucoup la sphère familiale et se découvre un ardent désir de nouer des relations de qualité avec ses petits-enfants. Certes les nouveaux grands-parents veulent faire partie de la vie de leurs petits-enfants, mais sont-ils tous prêts à sacrifier leurs activités ou leur travail pour garder votre chérubin ?

Pour Jeanne, grand-mère sexagénaire fraîchement retraitée, il n'en était pas question. « Quand ma fille nous a demandé de garder le petit tous les jours, parce qu'il y avait un problème de crèche, j'ai presque immédiatement refusé. Il était hors de question que nous repassions par les couches, les siestes et tous les contretemps qu'un enfant en bas âge implique. » Ainsi Jeanne a clairement dit à sa fille qu'elle préférait aller skier en hiver ou faire des randonnées en été sans se préoccuper de sa petite-fille. Il est vrai que cette nouvelle génération de grands-parents est bien plus active et pratique davantage d'activités que la génération précédente, sans compter ceux qui travaillent encore, ceux qui sont remariés et n'ont pas de très bonnes relations avec leurs enfants, ceux qui partent vivre six mois de l'année dans leur résidence secondaire et ceux qui ne veulent pas vieillir. Disposant de davantage de moyens que la génération précédente, les plus de 50 ans sont devenus des consommateurs assidus, surtout des agences de voyages et des nouvelles technologies, une image qui ne cadre pas toujours avec couches et petits pots.

Pour se démarquer de la génération précédente, ils refusent également de se sacrifier pour leurs enfants. Ces cas de grands-parents restent une minorité mais sont en constante augmentation. Ils ont cependant une vision très claire de leur rôle. Pour Jeanne, les grands-parents ne sont pas des baby-sitters. Être grands-parents, c'est connaître tous les avantages de la parentalité sans les inconvénients : « Finies les fessées, l'éducation, les siestes. Être grands-parents, c'est partager, apprendre, rire et s'amuser. Je ne vois pas comment je pourrais avoir des moments de complicité en gardant ma petite-fille tous les jours, à moins de saborder l'autorité des parents. », ajoute-t-elle.

Selon un sondage français de 2006, le rôle des grands-parents consiste à gâter, réconforter et cajoler ses petits-enfants pour 47% des sondés. Pour 37% d'entre eux, une grand-mère devrait transmettre ses secrets, son expérience et ses valeurs. Ce rôle est dès lors peu compatible avec celui de nounou, qui est un véritable relais pour les parents. En tant que nourrice à plein temps, les grands-parents ne peuvent pas jouir complètement de leur rôle et doivent devenir des pédagogues. Ce qui n'est pas évident à faire 25 ou 30 ans après avoir été soi-même éducateur.

Magalie a préféré discuter avec sa mère de ses attentes et des directions à prendre dans l'éducation. Mais Magalie n'a pas tenu un monologue : « Ma mère m'a expliqué sa conception de l'éducation, sa façon de m'élever. Je crois qu'elle était assez fière de voir que dans les grandes lignes je ne rejetais rien de ce qu'elle m'avait enseigné. Cependant, je voulais lui faire comprendre que c'était mon enfant avant tout. On a même parlé argent, pour qu'elle devienne mon employée en quelque sorte. Mais elle n'a rien voulu entendre. Quand elle sent qu'elle perd pied sur un point, elle me téléphone ou nous prenons du temps le soir quand je viens chercher ma fille pour en discuter. Par contre, ma mère a été claire, on ne laisse pas notre fille dormir chez eux, même si on rentre tard du travail, et elle prend ses vacances sans notre fille comme le ferait une nounou. Pour les vacances, il y a l'autre grand-mère. »

Si Magalie semble avoir trouvé le bon équilibre, pour David, la garde était devenue un enfer. « Mes beaux-parents faisaient tout de travers, raconte-t-il. Enfin plutôt ma belle-mère. On avait beau lui expliquer point par point ce qu'on voulait, les heures des siestes, le goûter etc. elle n'en faisait qu'à sa guise. Notre fils ne mangeait que des frites, des pâtes, du jambon et du chocolat car elle pense que les enfants n'aiment pas les légumes ou la viande. Elle le laissait jouer s'il ne voulait pas faire de sieste et lui achetait au moins deux cadeaux par semaine. Notre fils devenait ingérable. Il était très fatigué, ne mangeait rien d'autre que des pâtes et surtout ne voulait plus nous obéir puisque Mamie le laissait tout faire. Nous n'avions plus l'impression d'être ses parents. »

Pour s'en sortir, David et sa femme ont dû ruser afin de ne pas vexer la mamie de leur fils de 2 ans et demi. « Nous avons prétexté un besoin de socialisation pour notre fils. Même si nous habitons à 50mn de la maman de jour avec les embouteillages alors que nous sommes à 10mn des grands-parents, en payant la maman de jour, nous n'avons pas de problème à dire ce que nous voulons qu'elle fasse. Et il n'y a pas de sentiments impliqués, ni de jalousie de la part de ma mère. » ajoute-t-il avec un sourire. Maintenant la mère de David garde le petit une fois par semaine comme sa belle-mère. Les trois autres jours, c'est une maman de jour qui s'en charge. Depuis, leur fils a retrouvé le goût de la courgette et David et sa femme peuvent reprendre leur rôle de parents sans devoir se battre contre la grand-mère. « Avec cette expérience, nous avons réalisé que si nous avions voulu un enfant, nos parents n'avaient pas forcément décidé de devenir grands-parents. On le leur a imposé après tout. Ainsi, leur demander, en plus, d'avoir des règles d'éducation comme nous le voudrions n'est pas forcément la meilleure idée que nous avons eue. Pour le deuxième qui est en route, on cherche une jeune fille au pair. De toute façon nos mères ont été claires, elles ne garderont pas deux enfants même une fois par semaine. Au moins nous sommes d'accord sur un point. »



Parents – Grands-parents: Quelques règles à suivre.

Avant de faire de Mamie votre nounou et que celle-ci accepte, voici quelques conseils pour que cela se passe au mieux.

Posez vos règles Une discussion s'impose dès le départ pour que vous posiez vos attentes et les grands-parents leurs limites. Il est important de discuter des points qui pourraient poser problème dans l'avenir De même, en tant que grands-parents vous avez le droit de dire non, sans qu'il y ait de représailles. Vous avez aussi le droit à une vie personnelle et des activités.

N'en demandez pas trop Si vous voulez que vos parents fassent exactement tout comme vous, ne leur demandez pas de le faire à votre place. Il faut savoir lâcher du lest. Laissez à vos parents une marge de manoeuvre, votre relation n'en sera que meilleure. Par contre, aux grands-parents de ne pas enfreindre toutes les règles ou tout ce qui ne pourrait pas être apprécié par les parents. C'est donnant – donnant.

Parlez d'une seule voix Il est important que l'enfant ne trouve pas la brèche dans le discours des uns ou des autres. Comme avec votre partenaire, ne contredisez pas les grands-parents devant lui, ne les critiquez pas non plus en sa présence et ne le prenez pas à partie quel que soit son âge... Et vice et versa... Les enfants ont des oreilles bien plus grandes que les murs de votre chambre.

Rémunérez-les Bien sûr, les grands-parents ne veulent pas en entendre parler, mais si ce n'est pécuniairement, donnez leur les couches, les petits pots, le goûter, offrez un lit parapluie, une chaise haute, quelques jouets. Aussi un cadeau pour eux de temps en temps ne peut que leur faire plaisir. Quant aux grands-parents, laissez vos enfants prendre en charge ce qui revient à l'enfant. Il n'y aura ainsi ni problème d'argent ni d'alimentation.

Sachez reconnaître quand ça ne va pas Si la situation est trop lourde et qu'elle s'envenime, sachez trouver une autre solution de garde. S'il est possible de virer sa nounou, il est mauvais pour le développement de son enfant de le priver de grands-parents. Il est aussi possible, quand on est grands-parents, que la charge devienne trop lourde, sachez communiquer votre fatigue pour ne pas engendrer de conflits.



L'Ecole des Grands-Parents

Un lieu de dialogue pour nos mamies et papis.

Créée le 12 mars 2003, l'Association «Ecole des Grands-Parents, Suisse romande» est unique en son genre. Cette association composée essentiellement de grands-parents a pour principal objectif le partage et l'échange entre grands-parents. Elle permet de réfléchir au rôle des grands-parents et à la relation intergénérationnelle entre grands-parents et parents. L'association compte une centaine de membres et propose un lieu de rencontre, de soutien et de parole ainsi que des formations continues, séminaires, conférences, ateliers, etc.

Norah Lambelet Krafft, grand-mère et présidente de l'école des grandsparents, nous donne son opinion.

«La garde à plein temps par les grands-parents peut être vécue comme un enfer d'un côté comme de l'autre. Garder son petit-enfant tous les jours peut être une charge physique ou psychologique. Un ou deux jours par semaine est un bon rythme pour que cela devienne un rituel pour tout le monde. Le problème que pose la garde journalière par les grands-parents est l'installation d'un conflit intergénérationnel entre ceux-ci et les parents. Cela touche bien évidemment la relation mère-fille ou mère-belle-fille. Le jugement que les grands-mères portent sur le rôle de mère aujourd'hui, consciemment ou non, est le principal enjeu du rapport entre grands-parents et parents. Il est important de trouver un équilibre et de discuter ; c'est ce que nous préconisons à l'école des grands-parents. L'an passé lors de notre colloque sur le rôle et la place des grands-parents dans les relations intergénérationnelles, nous avons conclu à un pacte à utiliser en famille. C'est une bonne base de discussion pour voir l'autre côté du miroir. Nous voyons des grands-parents qui ont besoin d'aide car ils sont coupés de leurs petits-enfants à cause de problèmes de garde. Il ne faut pas que le lien soit coupé en cas de problème. Il faut discuter, poser des bases, tout mettre à plat avant qu'il ne soit trop tard. Et si jamais il est trop tard, notre association a une permanence téléphonique et organise des cafés pour discuter des problèmes intergénérationnels ainsi qu'un accompagnement pour tous les membres de la famille.»




+ d'infos:
EGP, Ecole des Grands-Parents de Suisse romandePlace de la Riponne 5 - 1005 Lausanne
Tél: +41 (0)21 311 13 39 


Article rédigé par Gabrielle Cloutier

Source: Babybook Magazine (numéro 2 paru en juin 2010) 

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www.babybook.ch et www.parentsolo.ch



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