Des cours aident les hommes à se préparer à la parentalité. Un moment entre mâles, où montrer ses doutes et ses craintes sans crainte d'être jugé. Un exemple dans la région de Morges (VD).
On entend certaines mamans d'ici: «Ces pauvres hommes, tout tourneboulés parce qu'ils deviennent papas alors que c'est nous qui accouchons, allaitons...» Oui, mais non. Les espaces de rencontre mis en place par Nicolas Liardon ne sont pas un bureau des plaintes de la condition masculine. «Simplement une occasion pour les messieurs de dire ce qu'ils ont sur le coeur en cette période particulière qui précède la naissance de leur premier enfant.
Il y a un rôle social que nous sommes censés jouer, on attend de nous un certain comportement. Et la vulnérabilité n'y a pas forcément sa place.» Nicolas Liardon a 32 ans. Il habite au pied du Jura vaudois, formant une famille recomposée avec sa compagne et ses quatre enfants. «J'ai vécu trois grossesses, un accouchement à la maison, puis la naissance de nos jumelles par césarienne à l'hôpital. Des expériences émotionnellement intenses, dans des contextes très différents. Et à certains moments, je me suis senti assez seul avec mes questions.»
Policier municipal sur la Côte vaudoise, Nicolas Liardon se tourne toujours davantage vers la médiation. Il a d'ailleurs obtenu le certificat de la spécialité auprès de la Fédération suisse. Il y a un peu plus d'une année, le téléphone de la sage-femme qui a accompagné le couple à la naissance de leur garçon s'inscrit dans l'ordre des choses. Dans son cabinet à Aubonne (VD), elle lui propose d'animer des cours.
Contrairement aux séances prévues pour les futures mamans, point ici de questions très techniques ou d'entraînement respiratoire pour la phase d'expulsion. Alors parlons plutôt d'un moment de partage entre hommes. «Le but est tout simplement pour un homme de se préparer au mieux à sa condition de père.» Une seule séance de deux à trois heures, pas davantage, puisqu'il ne s'agit pas de prendre en charge des situations trop difficiles ou douloureuses. «J'ai l'adresse de deux ou trois médecins au cas où.»
Une seconde rencontre peut avoir lieu après l'accouchement. «Les hommes n'ont pas forcément de demande précise. Nous ne sommes juste pas très forts pour évoquer nos émotions. Entre amis, après dix minutes, on parle de boulot ou de football. Là, au sein d'un petit groupe de quatre ou cinq personnes, les participants s'ouvrent, évoquent ce qui les habitent.»
Pouvoir s'interroger librement
Nicolas Liardon: «Quand ma compagne était enceinte, je n'ai pas trop pris le temps de penser aux questions concernant l'éducation, l'argent ou encore la reprise de la sexualité dans le couple. Or je trouve qu'il n'est jamais trop tôt pour se demander quel papa on veut être, ce que l'on veut apporter à son enfant.» Et pour cela, autant y aller franco et n'éluder aucun sujet.
C'est pourquoi il commence ses séances – il en anime une à deux par mois, en fonction de l'agenda des deux sages-femmes avec lesquelles il travaille – par demander si cette grossesse était désirée ou non. Sont également abordées les préoccupations autour de l'accouchement.
D'aucuns ne songent pas forcément à se poser la question du lieu. «Personnellement, je pense que le vivre dans une maison de naissance ou une chambre d'hôpital, ce n'est pas pareil. A chacun de faire son choix. Sur ce sujet comme sur d'autres, l'important ne consiste pas à donner ma préférence, mais à permettre aux participants de s'interroger.» Comment ce moment souvent appréhendé va-t-il être vécu? Quelle place un homme peut-il y prendre? Car si c'est bien la femme qui vit dans sa chair l'accouchement, elle n'a jamais autant besoin de sécurité affective.
«Même la question de la présence du conjoint à côté du lit est à discuter. Comme cela est considéré aujourd'hui comme quasi indispensable, certains ont peur d'avouer qu'ils n'en ont pas très envie. Que se passe-t-il si on sent que l'on n'assumera pas? Quelle réaction aura-t-on face à la douleur de son épouse?» Puis il y a le retour à la maison, la place que prendra bébé, les nuits trop courtes, la manière d'aider au mieux sa compagne souvent éreintée.
«Plus facile de parler devant d'autres hommes»
A Crans-près-Céligny, la fille d'Aaron Kearney est née en mai dernier. Son papa, informaticien, a suivi le cours de préparation et la soirée post-partum. «Je n'attendais rien de particulier, mais j'ai trouvé plus facile de parler devant d'autres hommes que je ne connaissais pas. Rassurant de voir que chacun avait ses doutes ou ses craintes.» Et puis les histoires d'accouchement des autres lui ont «donné un aperçu pour la prochaine fois.» Bref, expérience d'autant plus positive que les séances sont placées sous le sceau de la confidentialité.
Le baby blues se conjugue aussi au masculin
Eh oui, devenir père ce n'est pas forcément facile, facile. Pendant que madame est enceinte, des hommes développent ainsi une étrange grossesse symbolique appelée «couvade». Ils prennent du poids en même temps que le ventre maternel s'arrondit, se plaignent de mal de dos ou de nausées. Comme une vraie femme enceinte.
Des situations qui prêtent parfois à sourire, d'autres nécessitant un petit accompagnement thérapeutique. D'après les psychiatres, justement, c'est affaire de dépossession et de frustration de ne pas porter bébé.
A certains mâles, la grossesse paraît parfois interminable. De nombreux hommes se sentent d'ailleurs réellement devenir père qu'au moment de la naissance, tandis que la femme, elle, devient le plus souvent mère dès l'annonce de l'heureux événement. Par ailleurs, le baby blues se décline aussi au masculin.
Enfin, les statistiques montrent que la première année familiale représente l'une des principales causes de séparation. Voilà qui fait dire à la pédiatre et psychanalyste française Edwige Antier qu'il faudrait mettre sur pied des cours de préparation à la parentalité.
+ d'infos:
> www.re-pere.ch
> Je vais être papa, Dr Gérard Strouk et Corinne Vilder Bompard aux Editions du Rocher
> Devenir père, Christine Schilte et René Frydman aux Editions Marabout
Article rédigé par Pierre Léderrey / Photos Céline Michel, Getty
Source:
MigrosMagazine
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