Le papa pudique
Pédopsychiatre et chef de clinique à l'hôpital Sainte-Marguerite de Marseille, le professeur Marcel Rufo se penche dans son dernier livre sur le rôle du père dans la construction de l'enfant.
A l'opposé des exigences de notre société qui demande de plus en plus à ces nouveaux papas – jusqu'à la perfection ? – il revient sur ces inévitables faux pas paternels qui n'empêcheront pas les enfants de marcher droit.
Le papa parfait n'existe pas, on s'en doutait.
Mais vous insistez sur le fait que ses erreurs sont constructives pour les enfants.
Les mères sont plus adaptées aux enfants, inutile de revenir là-dessus. Mais aujourd'hui les pères font ce qu'ils peuvent, les pauvres, et ils sont de plus en plus performants. De véritable héros pour les petits, le père perd rapidement ses super-pouvoirs pour devenir un véritable puching ball pour les adolescents. Admiration puis distance et enfin opposition, autant de phases qui permettent à l'enfant de se construire. Un papa qui ne saurait pas quitter son costume de Superman ou qui se révélerait trop parfait, ne permettra pas à son fils de grandir dans une nécessaire contradiction.
La maman a le droit à l'erreur et le papa, le devoir à l'erreur, en quelque sorte.
Comment ces deux rôles se complètent-ils ?
D'abord en raisonnant en triangle. La monoparentalité féminine qui se développe aujourd'hui est désastreuse. Il vaut mieux qu'une maman impose un nouvel amoureux à ses enfants, même si c'est compliqué. De la même facon, les pères de Trois hommes et un couffin sont des malades mentaux. L'équilibre de l'enfant passe par cette présence d'un couple au-dessus de lui. Un homme, une femme, égaux dans leur différence.
Au père de s'adapter aux besoins de la maman et de l'enfant, à la mère de l'aider à trouver sa place dans le triangle. A elle de le rendre héroïque.
Le père parfait serait donc le père adaptable ?
Oui, c'est une grande qualité chez ces nouveaux papas qui savent donner un biberon, changer une couche, ou assurer une garde alternée.
Mais aussi se montrer très amoureux au bon moment... offrant ainsi le meilleur remède contre le baby-blues. Mais je crois que,
pour moi, le papa pudique est sans doute le meilleur. Il respecte l'intimité de ses enfants et les différences de génération. Le papa ado qui drague les copines de sa fille est totalement irresponsable!
Celui qui saura se faire discret, parfois mystérieux même, mais restera toujours présent, permettra à ses enfants de grandir dans la confiance.
Chacun cherche un père, Marcel Rufo, Anne Carrière Editions.
Propos recueillis par Aude Blouin
Source: Babybook Magazine
(numéro 2 paru en avril 2010)
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