Aujourd'hui plus que jamais, l'âge ne semble plus être un frein à la maternité. Les chiffres sont là pour le prouver: en dix ans, le nombre d'accouchements après 40 ans a quasiment doublé en Suisse. Qu'elles soient socioprofessionnelles ou liées aux aléas de la vie, les raisons sont multiples. Les risques, eux, demeurent malgré les progrès de la médecine. Eclairage.Aujourd'hui plus que jamais, l'âge ne semble plus être un frein à la maternité. Les chiffres sont là pour le prouver: en dix ans, le nombre d'accouchements après 40 ans a quasiment doublé en Suisse. Qu'elles soient socioprofessionnelles ou liées aux aléas de la vie, les raisons sont multiples. Les risques, eux, demeurent malgré les progrès de la médecine. Eclairage.
Elles sont belles, semblent insensibles au temps qui passe. Et, à l'âge où certaines voient leurs petits quitter le nid, elles enchaînent les grossesses idylliques: à 42 ans, Julia Roberts est enceinte de son quatrième enfant; Monica Bellucci a accouché de sa deuxième fille à 45 ans; Sofia Coppola a eu sa petite dernière dans sa quarantième année...
Loin du strass et des paillettes, les Suissesses suivent la même tendance. En dix ans, le nombre d'accouchements après 40 ans a quasiment doublé, passant de 2300, en 2000, à 4500, en 2009.
«De plus en plus de couples attendent le dernier moment pour faire un enfant», confirme Philippe Wanner, professeur de démographie à l'Université de Genève. La Suisse n'est pas une exception. «C'est une tendance que l'on constate dans la majorité des pays industrialisés. Ce phénomène est plus rare dans les pays du Sud, où le recours à la procréation médicalement assistée est presque inexistant, et dans l'Est européen, où les naissances ont lieu encore très tôt dans la vie.»
Penser d'abord à soi
Mais qu'est-ce qui pousse les femmes à attendre si longtemps? Les raisons sont d'abord sociétales: allongement de la formation, entrée tardive dans la vie active, investissement total dans la carrière. «J'avais 30 ans, mon papier enfin en poche. Pas question de penser bébé. Je voulais travailler, m'investir à 100% dans ce que j'aimais», explique Aline, 38 ans, maman d'un petit Romain et enceinte de son deuxième: «Bien sûr, je pensais un jour avoir des enfants. Mais c'était quelque chose d'abstrait. Je n'étais pas mûre pour avoir un enfant. J'avais trop d'envies, tout à construire.»
Pour la psychanalyste valaisanne Anne Morard Dubey (lire notre interview), ce sont en partie les répercussions de Mai 68. Les femmes d'aujourd'hui ont eu des mères qui leur ont appris à penser d'abord à elles, à leur développement personnel et professionnel, plutôt qu'à leur désir d'enfants. Dotées souvent d'un haut niveau de formation, accaparées par une multitude de projets, ces femmes-là laissent le temps passer sans penser à l'âge de leurs ovaires.
Loin des explications psychosociales, les raisons avancées vont de la précarité économique aux problèmes de santé et de stérilité, en passant par la difficulté à rencontrer la bonne personne. «Si j'avais connu mon mari avant, c'est clair que j'aurais eu mes enfants plus tôt», témoigne Corinne, qui a eu deux garçons à 37 et 42 ans. «Et puis ça n'a pas tout de suite fonctionné. J'ai perdu une petite fille alors que j'étais enceinte de six mois. Après, il faut du temps pour faire le deuil et recommencer.»
Du temps, mais pas trop. Car si accoucher après 40 ans semble être entré dans la norme, les dangers liés à l'âge, eux, n'ont pas changé. Plus on enfante tardivement, plus les risques de complications augmentent: fausses couches, aberration chromosomique (trisomie 21) et enfant prématuré sont une réalité. Un tableau noir que les spécialistes nuancent cependant. Une fois passé le cap délicat des trois mois, les grossesses tardives se déroulent plutôt bien. Finalement, le plus grand risque pris par ces femmes, c'est de ne plus pouvoir avoir d'enfant: «Quand je dois dire à des femmes de plus de 40 ans qu'elles ne peuvent plus avoir d'enfant biologique, elles ont beaucoup de peine à le croire», confirme Dorothea Wunder, médecin-chef de l'Unité de médecine de la reproduction du CHUV, à Lausanne (lire notre interview).
Quand le rêve devient réalité
«C'est notre rayon de soleil!» «C'est encore mieux que tout ce que j'avais imaginé.» Qu'il arrive naturellement ou aidé médicalement, un bébé change la vie, surtout à 40 ans. Il y a d'abord la fatigue qui, à cet âge-là, semble plus prononcée que chez les jeunes mamans. Question de physique: «On ne récupère pas d'une nuit blanche à 20 ans comme on le fait à 40 ans, avec ou sans bébé», souligne la psychanalyste Anne Morard Dubey. «C'est vrai. Mais c'est surtout parce que nous voulons tout mener de front. Nous voulons ressembler à nos mères, qui étaient des ménagères hors pair, tout en poursuivant notre carrière», ajoute Micla, 41 ans, maman de deux petites filles âgées de 3 et 1 an. Sauf que nos mères faisaient plus rarement carrière...
Plus qu'une autre, une maman de 40 ans devra apprendre à lâcher prise, à accepter les imprévus, parce que, contrairement à tout ce qu'elle a vécu jusqu'à présent, un enfant est tout sauf prévisible et «organisable». «C'est vrai qu'il faut se mettre des limites, accepter d'aller peut-être plus lentement, et déléguer.» Mais il y a l'avantage de l'âge. Et sur ce point, les mamans quadragénaires sont unanimes: l'âge a des vertus irremplaçables. «On est plus mature à 40 ans. Plus patiente aussi, et comme on a tout vu, tout vécu, on se met au rythme des enfants. On savoure chaque instant, parce que l'on sait que le temps passe vite. Beaucoup trop vite.»
A 40 ans tu enfanteras, centenaire tu deviendras!
Les femmes qui accouchent à 40 ans auraient trois fois plus de chances que les autres mamans de devenir centenaires. Dixit la revue médicale The Lancet qui a récemment publié les résultats d'une étude sur le vieillissement. Les scientifiques ont comparé une population de femmes décédées à 73 ans avec celle de femmes centenaires. Il en ressort qu'une large majorité des centenaires ont eu un enfant après 40 ans. De quoi mettre du baume au coeur des mamans quadras, souvent en butte aux critiques.
«Entre le rêve d'un enfant et la réalité de l'enfant, il y a un monde qu'il faut apprivoiser.»
Interview
Anne Morard Dubey est pédopsychiatre en Valais et formatrice en périnatalité, à l'Université de Lausanne.
De plus en plus de femmes font un enfant à 40 ans, pourquoi?
Les raisons sont nombreuses. Je dirai d'abord que c'est un phénomène de société. Ce sont des femmes qui sont nées dans la mouvance de Mai 68. Leurs mères leur ont dit: «Fais des études, ensuite tu penseras à ton désir d'enfants.» Elles ont appris ainsi à penser à elles, se focalisant sur leur carrière. Pour d'autres, grâce aux progrès de la médecine, elles peuvent enfin avoir accès à la maternité. C'est l'une des raisons majeures de l'augmentation des grossesses tardives.
Qu'est-ce qui les motive?
Là aussi, il n'y a pas qu'une seule explication. Il y a celles qui se sentent enfin prêtes, d'autres qui veulent mettre un frein au temps qui passe, ou encore celles qui veulent entamer une nouvelle étape dans leur vie. Pour les femmes qui ont déjà eu des enfants entre 20 et 30 ans, il y a parfois, à l'approche de la quarantaine, le «syndrome du nid vide». Quand les grands sont partis, on refait un petit dernier, un peu comme si l'on se faisait un cadeau. Il y a peut-être la peur de se retrouver seule, mais aussi l'envie de faire un bébé juste pour soi, plus égoïstement, et non pour être dans la norme sociale.
A 40 ans, quelle maman sommes-nous?
Pour 95% des femmes, par exemple pour celles qui ont mis leur désir de carrière en premier, ça se passe plutôt bien. Elles sont bien organisées. Mais la particularité des bébés, c'est qu'ils ne sont justement pas «organisables». Si l'on ajoute le fait qu'à 40 ans, les nuits blanches sont plus difficiles à récupérer qu'à 20, elles sont juste un peu plus fatiguées.
Pour d'autres femmes, celles qui sont fragiles psychiquement par exemple, cela risque d'être plus compliqué. Le décalage peut se situer entre un bébé qu'elles ont idéalisé et l'enfant réel. Cela provoque parfois des décompensations anxieuses ou révèle des difficultés sous-jacentes.
Est-ce que cela signifie qu'il serait préférable de ne pas faire un enfant sur le tard?
Bien sûr que non. Mais il faut juste savoir que passer de deux à trois n'est pas toujours simple. D'autant que ce bébé, à 40 ans, est souvent très attendu. Ce qui implique d'apprivoiser l'enfant rêvé en voyant un spécialiste, afin d'éviter ce décalage entre rêve et réalité. Mais dans l'ensemble, la majorité des parents âgés de 40 ans a l'avantage d'être plus mature. Un enfant va suivre les activités de ses parents si ceux-ci ont 20 ans... Ce sera le contraire s'ils en ont 40. Les parents ont vécu. Ils sont prêts à donner beaucoup et s'adaptent mieux à leurs enfants. Le courant s'inverse.
A 40 ans, quels enfants faisons-nous?
Il n'y a pas non plus de généralités. Mais, dans l'ensemble, on pourrait dire que plus de maturité chez les parents apporte plus de sécurité aux enfants. Du coup, ces derniers seront peut-être un peu plus posés.
Etre parents à 40 ans nous prédestine-t-il à être de vieux parents moins ouverts?
Non. La question des années pourrait surtout se poser en termes de frein physique, mais aujourd'hui, à 60 ans, on est encore en forme. J'ajouterai qu'au contraire, l'expérience et le vécu de parents plus âgés peuvent être une source de connaissances supplémentaires. Le plaisir de la rencontre n'a pas d'âge!
+ d'infos:
L'interview de Dorothea Wunder, gynécologue-obstétricienne et médecin-chef de l'Unité de médecine de la reproduction du CHUV à Lausanne, pour Babybook.
Article rédigé par Jennifer Keller
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Source: Magazine Babybook (numéro 4 paru en mai 2011)
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