Interview de Dorothea Wunder, gynécologue-obstétricienne et médecin-chef de l'Unité de médecine de la reproduction du CHUV, à Lausanne.
Quel est le profil des femmes qui viennent vous consulter?
La plupart des femmes qui viennent me voir ont entre 30 et 42 ans. Mais dernièrement, j'ai eu en consultation de nombreuses femmes âgées de plus de 45 ans. Elles ont souvent un haut niveau de formation et ont fait carrière. Ce sont des femmes qui ne se sont pas vues vieillir parce que accaparées par une multitude de projets. Pourtant, biologiquement, c'est un fait: l'ovaire a vieilli. Il ne travaille plus comme il le faisait pendant la phase fertile. Le corps non plus d'ailleurs. Et même si la médecine reproductive a fait de grands progrès, il faut savoir qu'à partir de 43 ans, on a 50% de risque de faire des fausses couches. Plus on avance avec l'âge, plus le taux augmente.
Dans quel état d'esprit viennent-elles chez vous?
Quand elles viennent, c'est pour, dans un premier temps, savoir si elles peuvent encore enfanter. Si elles sont informées et conscientes que le taux de fertilité diminue avec l'âge, elles croient qu'il n'y aura pas de problème, à l'instar de ces actrices ou chanteuses très médiatisées qui font des enfants après 40 ans. Quand je dois leur dire que ce n'est plus possible d'avoir un enfant biologique, elles ont souvent beaucoup de peine à le croire.
Faire un enfant sur le tard semble être entré dans la norme. Les risques n'existent-ils donc plus?
Les risques de complications augmentent avec l'âge. Cela n'a pas changé. Du côté de la maman, il peut y avoir du diabète gestationnel, de l'hypertension, des risques de prééclampsie ou des complications dues à des fibromes, ce qui peut aboutir à un accouchement prématuré. Dans ce cas-là, l'enfant peut arriver au monde avec des complications, telles qu'une hémorragie cérébrale ou une immaturité des poumons. Les risques d'aberrations chromosomiques, comme la trisomie, sont également à prendre en compte: dès le moment où l'on a passé le cap des 35 ans, ils augmentent, et de manière exponentielle. Enfin, un autre véritable risque, c'est de ne jamais tomber enceinte. Parce que le taux de fertilité baisse très vite dès que l'on a passé le seuil des 35 ans. L'ovaire a vieilli, il reste moins d'ovules, et ils sont de moins bonne qualité. Après 43 ans, 50% des grossesses n'aboutissent pas.
Qu'implique médicalement le fait d'être enceinte à 40 ans?
Tout dépendra en fait de la santé de la femme enceinte, de son hygiène de vie aussi. Mais dans l'ensemble, cela nécessite un suivi médical plus fréquent, avec l'utilisation d'ultrasons. Une fois enceinte, la future mère a différents moyens pour dépister d'éventuelles aberrations chromosomiques chez l'enfant avec des tests invasifs: jusqu'à 12 semaines, il y a la choriocentèse; entre 14 et 16 semaines, l'amniocentèse. Le désavantage de cette dernière technique, c'est que la grossesse est beaucoup plus avancée, et les résultats sont parfois longs à obtenir. Psychologiquement, ça peut être difficile à vivre pour les parents. Mais avant de passer ces tests, qui risquent de provoquer des fausses couches, dans 1 à 2% des cas, la plupart des femmes se décident pour le test du premier trimestre, qui est non invasif. Grâce à la combinaison de plusieurs facteurs, tels que l'âge, la transparence nucale et le taux d'hormones dans le sang de la maman, on parvient déjà à se faire une bonne idée de l'état de santé du foetus.
A 40 ans, se remet-on plus difficilement d'un accouchement qu'à 20 ans?
Cela dépend de plusieurs facteurs: la condition physique, le déroulement de la grossesse (est-ce qu'il y a eu des complications graves comme par exemple la prééclampsie ou autre?), l'accouchement (est-ce qu'il y a eu un accouchement prématuré avec des soucis concernant la santé du bébé, ou y a-t-il eu des complications pour la mère?) et l'environnement social de la future maman (est-elle bien entourée?).
+ d'infos:
«Un enfant à 40 ans... Pourquoi pas moi?» paru en mai 2011 dans le magazine Babybook.
Propos recueillis par Jennifer Keller
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Source: Magazine Babybook (numéro 4 paru en mai 2011)
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