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Jeudi, le 17 Mai 2012.
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Déni de grossesse, parlons-en

 Déni de grossesse, parlons-en, article Babybook
Pathologie grave, fréquente et dangereuse, le déni de grossesse a fait l'objet d'un colloque le 2 décembre à la Maternité des HUG. En avant-première, Pulsations a rencontré le Pr Israel Nisand. Gynécologue-obstétricien au CHU de Strasbourg. Il a été cité comme témoin de la défense dans l'affaire Courjault.


Qu'est ce que le déni de grossesse ?
C'est une grossesse se déroulant à l'insu de la femme qui ne se rend pas compte qu'elle est enceinte. Le déni est partiel lorsque la grossesse se révèle avant son terme à la patiente. Il est complet quand il couvre le troisième trimestre, l'accouchement, voire le post-partum. Il ne suffit pas d'être enceinte pour attendre un enfant. La grossesse constitue un double mécanisme : physique avec l'embryon d'un fœtus dans le ventre, et psychique, autrement dit l'organe cerveau vit une grossesse d'une durée de neuf mois et crée la relation entre la mère et son enfant. Quand cette grossesse psychique n'existe pas, qu'il n'y a pas de fantasmagorie autour du bébé à naître, on parle de déni. L'inverse est la grossesse nerveuse où la femme est enceinte dans sa tête et non pas dans son corps.

Quel est le profil des femmes concernées ?
Il n'y en a pas. Toute généralisation est une erreur. C'est comme si on demandait « quel est le profil des gens qui ont de la fièvre ? » Le déni de grossesse est un symptôme derrière lequel il existe une centaine de causes possibles. Cela touche les femmes de tous les âges, de tous les milieux sociaux, celles qui ont déjà des enfants ou pas, celles qui désirent procréer ou pas. La seule généralité est qu'il y a toujours un problème psychologique grave derrière. Le déni sert à cacher et à se soigner d'une immense souffrance dans la sphère gynécologique et reproductive.

Plus de la moitié des femmes serait déjà mère d'un ou plusieurs enfants. Pourquoi le déni intervient–il à tel ou tel moment ?
D'une grossesse à l'autre, le vécu ainsi que la posture du compagnon sont différents. Récemment, une patiente a accouché dans les WC de son 6e enfant. Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle était enceinte et en travail. Issue d'un viol, cette grossesse était honteuse et invivable, d'où le déni.

Une des caractéristiques est que la femme ne présente aucun signe de grossesse.
On ne voit pas la grossesse jusqu'à terme, car la silhouette est gérée par le cerveau et le psychisme. Au fur et à mesure que le volume de l'utérus augmente, les muscles de l'abdomen se tendent et redressent la cavité utérine en la positionnant de façon verticale et en l'empêchant de s'incliner vers l'avant. Conséquence : la grossesse se développe vers le haut et ne se voit pas. Un autre constat provoque l'incrédulité : quand on révèle à une femme sa grossesse, cette dernière apparaît en quelques heures, comme si la future mère se laissait aller à faire apparaître son ventre. Complètement surprises, ces patientes disent souvent « C'est pas possible, j'ai un « alien » dans le ventre. »

L'entourage non plus ne voit rien.
Le déni est très contagieux et difficile à détecter. Les médecins eux-mêmes se laissent avoir.

Et l'accouchement ?
Quand le déni recouvre l'accouchement, la femme se retrouve isolée et la probabilité de la mort de l'enfant est alors d'environ 25%. En effet, même en l'absence de gestes néonaticides, la violence de l'accouchement, sa longueur, sa brutalité, l'absence de réanimation néonatale font que le nouveau-né décède fréquemment d'asphyxie.

Un des risques est le néonaticide.
Oui, mais c'est une extrême très rare. Dans 90% des cas, il se fait sans violence sur l'enfant, comme quand ce dernier meurt d'asphyxie. La mère n'est alors pas responsable de la mort du nouveau-né même si elle a l'impression contraire. Dans les 10% restants, la parturiente commet des actes barbares tels que coups de ciseau, étranglement, étouffement. Dans la majorité de ces situations, une affection psychiatrique lourde comme une psychose est présente. Les abandons et accouchements sous X ne sont pas rares lorsque le déni recouvre une impossibilité d'avoir un enfant et que l'interruption volontaire de grossesse n'est plus possible.

La plupart du temps, la mère garde l'enfant. Comment se noue leur relation ?
La jeune maman éprouve beaucoup de culpabilité d'avoir été en déni. Ce sentiment se prolonge pendant des années. Une psychothérapie au long cours est nécessaire pour favoriser ce travail de lien.

L'affaire Courjault a-t-elle changé quelque chose à la compréhension de ce phénomène ?
Il y a un phénomène mondial qui est le déni du déni. Il n'existe du reste quasiment pas de publication, ni de livre sur ce sujet quand bien même le déni de grossesse existe depuis longtemps. Je me suis beaucoup servi de l'affaire Courjault pour populariser cette affection, la faire connaître du grand public, des magistrats et des médecins. L'incrédulité des gens est, à mon avis, due à deux raisons : personne n'est prêt à accepter que la maternité est une question d'adoption et non pas d'instinct. Par ailleurs, le déni montre la force du psychisme et beaucoup de personnes sont très inquiètes de voir qu'il peut moduler jusqu'à la silhouette.

Lors de votre venue à Genève, vous allez parler des conjoints.
Tout à fait, car ils sont souvent à l'origine du déni. On en distingue trois catégories : les grands benêts naïfs qui ne regardent pas leur femme et ne voient rien de rien, les grands névrosés totalement absents auprès de leur compagne car ils ont déjà du mal à s'occuper d'eux-mêmes et les pervers narcissiques pour lesquels la partenaire est juste une proie, un objet sexuel.

Extrait de Pulsations propos recueillis par Paola Mori

Source: Infor Familles - pro juventute Genève www.familles-ge.ch

www.babybook.ch et www.parentsolo.ch



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