Être enceinte et travailler est un véritable numéro d'équilibriste. Entre votre supérieur, voss collègues, les recommandations de votre gynécologue, pas toujours facile d'adopter la bonne attitude. Voici quatre pistes :
> Adoptez la « Princesse attitude » avec le récit de notre journaliste
> Connaissez vos droits en matière de grossesse et de travail
> Emportez votre kit de survie pour femme enceinte au travail
> Lisez des ouvrages sérieux mais aussi des livres drôles
Journal de bord d'une employée enceinte
Jour J
Après avoir pratiqué quelques contorsions dans la salle de bains et avoir attendu deux minutes en trépignant d'impatience devant la porte en empêchant mon Jules de la franchir, le verdict tombe : un +, on ne peut plus net. Ca y est, je suis enceinte ! Folle de joie, je couvre de papouilles mon homme. Mais soudain sur le chemin du travail, l'angoisse monte en moi. Que vais-je bien pouvoir dire à mon chef ? Lui qui m'a engagée il y a à peine six mois. Je me rappelle alors des ses paroles lors de mon entretien d'embauche : «Je suis conscient que vous êtes jeune et que vous voudrez peut-être des enfants, disait-il, mais vos compétences sont trop précieuses pour notre entreprise pour que l'on ne vous engage pas... ». Ce à quoi j'avais répondu du tac au tac « Ne vous inquiétez pas Monsieur, ceci n'est pas prévu pour tout de suite ». Mon chef avait habilement réussi à contourner la loi qui interdit à un potentiel employeur de demander ouvertement à une femme si elle est enceinte ou si elle souhaite l'être prochainement. Je voulais tellement ce poste que je me suis avancée un peu vite sans que l'on m'ait posé la moindre question.
Assise au bureau, je décide de garder secrète l'information qui va changer le reste de ma vie. Et pas question que j'en parle à ma copine à la machine à café, elle risquerait de commettre un impair durant les semaines à venir. J'affiche un grand sourire et une légèreté propre à mon nouveau statut de femme enceinte.
J + 3 mois
Ce matin, mon chef a l'air d'excellente humeur. J'en profite donc pour solliciter un entretien. Et là, je lui annonce de but en blanc que je suis enceinte et donc que, dans six mois à peine, je serai en congé mat' ! Après les félicitations d'usage, je ressens comme un malaise. Ca y est, je suis passée dans le camp des travailleuses à problèmes potentiels. Vous savez, celles qui appellent le matin pour annoncer leur absence « Je ne me sens pas très bien, mon médecin m'a conseillé de rester au lit » ou encore « Désolée, mais à 16 h je ne peux pas, j'ai mon contrôle gynécologique ». Bref, je CULPABILISE ! Mais après discussion avec une collègue, elle aussi enceinte, je décide d'adopter son attitude, qui consiste à se répéter continuellement « je suis une princesse qui porte un trésor et par conséquent je dois me chouchouter ». Et je vous assure qu'après quelques jours à ce régime, ça marche !
J + 6 mois
J'ai totalement réaménagé ma place de travail. Le premier tiroir est un vrai garde-manger. Sous les en-cas sains (voir encadré), je planque tout de même quelques plaques de chocolat, histoire d'affronter les petit coups de blues du style : « et s'il naissait avec un orteil de plus ? », « Au fait, ca fait mal comment, les contractions ? » ou encore lorsque mon homme a totalement et définitivement rejeté l'idée de choisir Agathe comme prénom féminin alors que je rêvais de celui-ci depuis que je suis en âge de procréer.
J'ai aussi apporté un petit coussin pour caler mon dos. Mon boss ne le voit pas d'un bon œil mais « je suis une princesse..... », alors son regard désapprobateur ne me touche même pas. Et s'il essaie une remarque déplacée, je me permettrais de lui rappeler – avec toute la diplomatie et la patience qui caractérisent les femmes enceintes... - que selon la loi (eh oui toujours elle), les « femmes enceintes devraient avoir la possibilité de s'étendre pour se reposer pendant les pauses dans une salle de repos équipée de chaises longes ». Je suis sûre que l'argument « frais supplémentaires à sa charge » le rendra illico plus docile à l'égard de mon coussin.
J + 7 mois
Aïe ! Je suis alitée. Des contractions indisciplinées qui n'ont pas souhaité patienter 39 semaines. Mes collègues me suspectent en douce d'utiliser une fausse excuse pour me reposer pendant qu'elles, elles triment comme des folles...Mais moi « je suis une princesse... » et je ne pense qu'au bien-être de mon bébé, peu importe les commérages. Mon boss râle, mais je suis ferme « Non ! Je ne travaillerai pas depuis ma chambre grâce au pc portable de la boîte ». Le médecin a dit du repos, rien que du repos. Pas de contrariétés et pas d'heures supp'. D'ailleurs la loi les interdit aussi pour les femmes dans mon état.
J + 8 mois
De retour au bureau après deux semaines d'arrêt, je ne travaille plus qu'à 50%. L'important, me conseille-t-on, c'est de ne pas arriver totalement épuisée à l'accouchement. Alors j'écoute. Seulement les bons conseils. Cela fait déjà bien longtemps que j'ai arrêté de tenir compte des nombreuses autres recommandations et des tonnes de « tu verras... » que mes collègues et autres femmes s'empressent de partager avec moi.
J + 38 semaines
Ce matin, je ne vais pas au boulot. Non, non, ne croyez pas que j'ai décidé de m'accorder encore un peu de repos sur mon canapé devant la télé. Mais Agathe (eh oui, le pouvoir de persuasion d'une femme enceinte sur son homme est magique...) a pointé le bout de son nez la nuit dernière. Au revoir mon boss, au revoir mes collègues (et désolée d'avance pour le surplus de travail engendré par mon congé maternité...)
Ce que dit la loi sur...
Le licenciement : Pendant toute la période de votre grossesse et jusqu'à 16 semaines après la naissance, votre employeur ne peut pas vous licencier. Si le licenciement a été prononcé avant la grossesse, le délai de préavis est interrompu avec la grossesse et ne reprend que seize semaines après la naissance.
L'entretien d'embauche : Lors d'un entretien de candidature, des questions telles que "Etes-vous enceinte?" ou "Avez-vous l'intention d'avoir des enfants dans un proche avenir?" sont contraires au droit. Vous n'êtes donc pas obligée d'y répondre. Vous êtes toutefois tenue de répondre dans les cas où une grossesse vous empêcherait d'exercer une activité. Par exemple, une activité intense physiquement ou dans laquelle vous devez manipuler des substances toxiques.
L'annonce de grossesse : Tant que vous ne souhaitez pas profiter de vos droits de femme enceinte, vous n'êtes pas tenue d'informer vos supérieurs de votre grossesse.
Le repos : Sur votre lieu de travail, vous devez avoir la possibilité durant votre grossesse de vous étendre et de vous reposer pendant les pauses dans une salle de repos équipée de chaises longues.
Pour les activités s'exerçant debout, vous avez droit à une pause de 10 minutes toutes les deux heures. Dès le 4e mois de grossesse, vous avez droit à avoir une période de repos de douze heures au moins entre deux journées de travail. Dès le sixième mois de grossesse, vous pouvez travailler debout 4 heures par jour, au maximum.
Les horaires: Vous n'êtes pas tenue de fournir des heures supplémentaires durant la grossesse. Le travail du soir et le travail de nuit entre 20.00 heures et 6.00 heures du matin sont interdits pendant les huit dernières semaines avant la date prévue pour la naissance. Avec un certificat médical, vous pouvez exiger dès le début de la grossesse un travail uniquement de jour. Si aucun travail similaire ne peut vous être proposé pendant la journée, vous avez le droit de rester chez vous et recevez 80% du salaire.
Le travail difficile : Le travail à la tâche et le travail en chaîne de montage ne sont pas autorisés si le rythme du travail est déterminé par une machine. Vous avez le droit, comme pour le travail du soir et le travail de nuit, à un travail similaire de remplacement ou à 80% du salaire. En tant que femme enceinte, vous avez le droit à une protection particulière et aux mesures correspondantes, dans les cas suivants:
- Activités accomplies en position debout, par exemple dans la vente ou dans la restauration
- Soulèvement de charges dès 5 kg
- Mouvements et postures fatigants
- Froid (dès 15°C), chaleur (dès 28°C), forte humidité
- Substances toxiques (plomb, mercure, gaz d'échappement par exemple)
- Contact avec des maladies contagieuses (par exemple tuberculose ou hépatite, en milieu hospitalier)
- Bruit, vibrations.
Vous pouvez vous informer sur les dispositions précises auprès de votre employeur.
Pour les petits creux, voici quelques réserves saines à planquer dans le tiroir de son bureau :
- Fruits secs
- Bouteille d'eau (si vous êtes constipée, préférez l'Hépar)
- Des ballons de pain complet
- Un ou deux fruits
- Des biscuits salés, genre Darvida
- Des barres de céréales
- Chocolat (pour les baisses de moral...)
Un peu de lecture :
Pour rire
- Grossesse, le guide des copines de Vicki Iovine (Editions J'ai lu, Bien-être, Poche) livre coup de coeur
- La Grossesse des paresseuses d'Anna Deville (Editions Marabout)
Pour s'informer
- J'attends un enfant de Laurence Pernoud (Editions Horay)
- Le petit Larousse de la grossesse du Dr Anne Théau (Editions Larousse)
- Attendre du Dr Edwige Antier (Editions Robert Laffont)
+ d'infos:
La brochure éditée par Travail Suisse (www.travailsuisse.ch) ou par téléphone sur l'Infoline au 0900 55 55 61 (3 francs par minute ; en français les mardi de 13h à 15h)
Source: Magazine Babybook
(numéro 1 paru en octobre 2009)
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