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Mercredi, le 23 Mai 2018

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L'adoption. Interview: N. Rizzo

L'adoption. Interview: N. Rizzo, article Babybook

Entretien avec Nino Rizzo, psychologue et psychothérapeute, consultant à Espace adoption et travaillant en pratique privée avec des patients adolescents et adultes.

Une adoption est-elle plus compliquée lorsque l'enfant n'a pas la même origine que les futurs parents ?

Cela dépend de son âge! Si par exemple il a 6 ans, il aura toute une imprégnation culturelle et il faudra réussir une espèce de greffe. S'il a vécu peu de temps dans son pays, ce problème ne se présentera pas. L'aspect culturel n'est de toute facon pas ce qu'il y a de plus difficile à gérer.

Quelle est la plus grande difficulté ?

Réussir la greffe relationnelle et créer d'autres liens sur des liens qui ont existé. Cela dépend beaucoup de ce que l'enfant a vécu avant son adoption sur le plan relationnel et émotionnel.

Les parents doivent donc s'adapter à l'enfant ?

Il faut faire preuve d'une grande capacité d'adaptation, accueillir l'enfant avec tout ce qu'il a de différent par rapport à l'enfant que l'on avait imaginé. C'est toujours un processus laborieux de passer de l'enfant imaginaire à l'enfant réel.

L'adolescence est-elle une étape encore plus délicate pour les enfants adoptés ?

Cette période impose une redéfinition des règles du jeu pour se construire une nouvelle identité. La problématique de l'adoption vient à la surface. L'ado ne sait pas comment se situer entre ses deux origines. Il a deux familles, pays, cultures et religions. C'est difficile pour lui de se créer sa propre mosaïque.

Que faut-il faire pour l'aider ?

Un grand esprit d'ouverture et de tolérance de la part des parents. S'il a grandi en parlant librement de ses deux mondes de référence, une partie du travail a déjà été faite et il sera plus serein.

Faut-il lui parler de ses origines ?

Il faut que cela vienne de lui.

Quels sont vos conseils pour réussir une adoption ?

Un suivi psychologique est nécessaire. Il faut faire des bilans régulièrement, comme les visites de contrôle que les parents font chez le pédiatre sans attendre que l'enfant soit malade.
C'est souvent suffisant de ne rencontrer que les parents s'ils viennent avant que des problèmes précis n'apparaissent.

L'enfant adopté n'est donc pas un enfant comme un autre ?

Non. Il faut accepter cette réalité. C'est une situation particulière, comme être un enfant d'émigrés, un enfant précoce ou issu d'une famille biculturelle. Il faut se poser des questions dès le début et ne pas attendre qu'il y ait des blocages.

Lorsque la famille se fait aider, il y a donc toutes les chances que cela se passe bien ?

On peut comparer la situation à un jeu de double balance. Les enfants adoptés ont un potentiel de développement plus riche et plus fécond, grâce notamment à une très grande sensibilité et à une intelligence précocement mise en éveil et stimulée par les aléas de leur vie. Mais s'ils ne sont pas traités de façon suffisamment adéquate, ce potentiel peut se révéler autodestructeur.

Propos recueillis par Anne Buloz

Source: Babybook Magazine (numéro 2 paru en avril 2010)

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