«La différence des sexes ne se joue pas à la télévision ou au cinéma»
Jean-Pierre Winter est psychanaliste. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont "Homoparenté" paru en 2010 aux éditions Albin Michel.
Dans les médias, on parle généralement d'homoparentalité. Or, vous avez intitulé votrelivre Homoparenté, pourquoi?
Le terme de «parentalité», associé à homo ou pas, désigne le fait de s'occuper d'enfants. Il porte sur la dimension éducative et émotionnelle du rapport entre les générations. Alors que la «parenté» est ce qui résulte de la filiation, à la fois juridique et quelquefois biologique. Le problème, quand on utilise le terme d'«homoparentalité», c'est qu'on évince les questions liées à l'importance de la filiation, à la fois réelle et symbolique, qui sont capitales dans la construction psychique d'un enfant.
En quoi est-ce capital? Donner de l'amour à ses enfants, une éducation, n'est-ce pas là l'essentiel?
Les aimer, les éduquer, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant. D'une part, en disant que c'est le plus important, on culpabilise tous les parents qui aiment leurs enfants mais qui, pourtant, ont des enfants avec des problèmes.
D'autre part, il ne faut pas négliger que, dans notre société, le système symbolique de la parenté a toute sa force et toute sa raison d'être. Quand il y a un «accident» à l'intérieur de ce système, par exemple un trou dans la généalogie – l'identité du père d'un enfant est inconnue, l'existence d'un oncle, d'une tante, est «cachée» –, il y a toujours des gens dans la lignée pour en subir les conséquences.
Pourtant, ce genre d'«accidents» peut se produire dans n'importe quelle famille,
homoparentale ou non?
C'est vrai, il existe concrètement peu de familles où il n'y en a pas. Mais en maintenant les lois de la parentécomme système de référence, on offre la possibilité de savoir ce qui est défaillant et ce qui ne l'est pas.
Est-ce donc pour cette raison que vous ne souhaitez pas l'inscription de l'homoparentalitédans la loi?
En partie, oui. Si la loi dit qu'on peut faire une famille sans père, ce qui, normalement, est accidentel, alors, la transgression va devenir la norme. Prenons un exemple: un père décide de déshériter son fils. S'il n'y a pas de loi pour l'en empêcher, l'emprise du père sur son fils est sans bornes. Au contraire, si le système de référence, soit la loi, l'interdit, cet enfant est protégé du désir arbitraire de son père. Changer toutes les lois de la filiation pour satisfaire une minorité aurait, à mon avis, des conséquences incalculables.
Selon vous, les enfants qui ont grandi dans une famille homoparentale ne peuvent-ils pas être équilibrés?
Ce n'est pas un problème d'équilibre, de bien-être ou de mal-être. Pour n'importe quel enfant, le fait d'être préoccupé par la question de l'origine le ramène sans arrêt en arrière, l'empêche de regarder vers l'avenir, plus tard de procréer à son tour. C'est ce qui risque d'arriver chez les couples qui évincent l'un ou l'autre des parents biologiques.
Tous les enfants ne se demandent-ils pas d'où ils viennent?
Oui, mais à des degrés différents. Quand, dans la réalité, on trouve des réponses stables, on dépasse ces questions. Quand c'est flou, le questionnement peut devenir obsessionnel, et empêche d'avancer.
Propos recueillis par Elodie Lavigne
Source: Babybook Magazine (numéro 3 paru en octobre 2010)
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