La toxoplasmose, un nom barbare pour une maladie infectieuse très répandue, mais rarement reconnue puisque ses symptômes sont faibles, si ce n'est inexistants. Néanmoins, elle peut se révéler dangereuse, voire mortelle pour les personnes au système immunitaire affaibli, mais surtout pour les femmes enceintes et l'enfant qu'elles portent. Décryptage.
Symptômes
Une femme sur trois en Suisse a déjà contracté la toxoplasmose. Si cette maladie passe tellement inaperçue, c'est parce que dans 95% des cas, elle ne s'accompagne d'aucun symptôme. Parfois, elle peut causer un vague état grippal et des ganglions gonflés, mais il est impossible de la détecter par un diagnostic basique, des examens plus poussés sont nécessaires. Généralement, c'est seulement en cas de déficit immunitaire que la maladie devient évidente. Elle peut alors atteindre le système nerveux, le cœur ou encore les yeux.
Transmission
La toxoplasmose est causée par un parasite appelé Toxoplasma gondii. Ce parasite atteint le bétail, la volaille mais surtout les chats. C'est par eux que s'effectue la majorité des contaminations à l'homme, par exemple lors de consommation de viande trop peu cuites ou d'exposition à des agents pathogènes. Toutefois, « la toxoplasmose ne se transmet pas d'humain à humain, excepté pour la femme enceinte qui peut transmettre le virus au fœtus. » précise le docteur Patrick Hohlfeld, chef du Département de gynécologie obstétrique du CHUV.
Chez les femmes enceintes
Lorsqu'une femme est enceinte, deux cas de figure se présentent : soit elle a déjà contracté le virus avant sa grossesse et est donc immunisée ; soit elle s'infecte pour la première fois pendant la grossesse. Dans ce dernier cas, le risque de transmission au fœtus est variable et dépend du stade de grossesse. « Si la femme est infectée lors des premières semaines de grossesse, le risque de contamination au bébé est très faible, de l'ordre de 1%. Par contre, le risque augmente avec les semaines et peut se chiffrer à 80% en fin de grossesse. » explique le Dr Hohlfeld. Quant aux conséquences de la maladie sur l'enfant, c'est une courbe inverse à celle de la contamination : durant les premières semaines, peu de bébés sont contaminés mais lorsqu'ils le sont, c'est avec de graves conséquences comme des risques d'atteinte cérébrale, de handicaps, voire de décès.
Les examens préventifs systématiques remis en cause
En général, les médecins pratiquent une amniocentèse pour détecter la présence du parasite dans le placenta. Toutefois, cette démarche est remise en question par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) qui recommande de renoncer aux examens préventifs systématiques. Le Dr Hohlfeld abonde dans le sens de l'OFSP : « L'amniocentèse comporte des risques, notamment de fausse couche. Compte tenu du faible pourcentage de bébés atteints, l'amniocentèse fait plus de mal que de bien, on expose le bébé à un risque bien supérieur que celui de la maladie elle-même. »
De plus, les médicaments n'empêchent ni la contamination de la mère au fœtus ni l'apparition de symptômes chez le bébé. « Nous pensions pouvoir traiter la toxoplasmose avec des antibiotiques. Or, des études ont montré qu'ils n'avaient que peu voire pas d'effet sur l'enfant» soutient le Dr Hohlfeld.
Au lieu d'examens systématiques, l'OFSP préconise de renforcer la prévention. Il conseille notamment aux femmes enceintes d'éviter de consommer de la viande crue, de bien se laver les mains après des travaux de jardinage ou un contact avec des animaux.
Traitement
L'évolution de la maladie étant généralement bénigne, un traitement médical n'est pas nécessaire sauf pour les personnes au système immunitaire affaibli. En cas de symptômes suspects lors d'une grossesse, une consultation chez le médecin est recommandée. Ce dernier peut prescrire des antibiotiques avec une durée de traitement variable.
Sur les 73'000 femmes enceintes en une année en Suisse, 130 tout au plus contractent une toxoplasmose aiguë pendant leur grossesse.
A l'heure actuelle, seul un enfant sur 14'000 présente une infection symptomatique à la naissance.
Source : Swiss Pediatric Surveillance Unit (SPSU)
+ d'infos:
Office fédérale de la santé publique (OFSP)
Article rédigé par Aurélie Toninato
Source: Magazine Babybook
(numéro 1 paru en octobre 2009)
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