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Jeudi, le 17 Mai 2012.
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Conflits en vue sur le nom des enfants

Conflits en vue sur le nom des enfants, article Babybook Plus de contraintes: les couples suisses ont désormais le libre choix du nom pour chacun des conjoints et pour les enfants. Une évolution qui lance de nouveaux défis.

Ça bouge dans le droit de la famille! Fin septembre, le Parlement suisse jetait aux oubliettes le double nom des couples mariés et la transmission quasi automatique aux enfants du nom du père. Il acceptait aussi le principe de l'autorité parentale conjointe pour les parents non mariés, séparés ou divorcés. Il a refusé par contre aux couples homosexuels le droit d'adopter des enfants. Décodage avec le sociologue Eric Widmer, professeur à l'Université de Genève et spécialiste du couple et de la famille.

Désormais, les femmes mariées pourront garder leur nom, le donner à leur mari et même à leurs enfants. Victoire de l'égalité?

Eric Widmer: Pas seulement. Cette réforme est perçue en termes d'égalité entre les sexes, mais j'y vois surtout l'affirmation du droit à l'individualité. C'est une évolution qui touche notre société de façon très large: l'individualisme est devenu une valeur dominante dans les domaine politique, culturel et économique. Il n'est plus question de nier son identité pour se fondre dans le groupe. Assez logiquement, la famille s'organise aussi sur ces principes-là.

Comment ces valeurs s'expriment-elles au sein de la famille?

Eric Widmer: Depuis les années 60, les liens familiaux se sont fortement individualisés: les liens entre les personnes restent importants, mais ils changent au cours d'une vie. C'est ce que François de Singly appelle la famille du «libre ensemble». Cela correspond à des valeurs d'autonomie, de développement personnel, d'affirmation de sa propre singularité dans le cadre familial.

La droite conservatrice a combattu la réforme: avec le libre choix du nom, on ne saura plus «qui est qui». Mais bien des membres d'une même famille portent déjà des noms différents...

Eric Widmer: Oui, c'est déjà le cas dans les familles recomposées, les familles monoparentales et chez les parents non mariés. Et le phénomène est en augmentation en Suisse: entre 15 et 20% d'enfants naissent hors mariage. Ces évolutions n'ont pas attendu cette réforme pour apparaître. La famille nucléaire, avec un homme et une femme, mariés pour la vie et ayant uniquement des enfants biologiques nés de cette union, est une réalité encore bien présente, mais ce n'est plus le seul modèle familial

Le risque de ces nouveaux modèles?

Eric Widmer: Qu'ils fragilisent le couple. Par exemple, le fait que le nom devienne un objet de négociation plutôt que d'être imposé par une instance extérieure signifie qu'on va multiplier les occasions de conflit au sein de la famille. Ces changements de valeurs vont de pair avec une hausse des divorces.

Avec l'autorité parentale conjointe aussi, on passe à un système où on négocie. Un bien ou un mal?

Eric Widmer: En affirmant que le lien coparental peut continuer après une séparation, la réforme va dans le bon sens. Jusqu'ici, le législateur disait qu'en cas de divorce, il était normal que la femme ait la charge des enfants, et de nombreux pères étaient très insatisfaits de disparaître de la vie de leurs enfants, Cette réforme réaffirme leur droit à la négociation et soulève beaucoup d'espoirs. Nos études montrent qu'une coparentalité active entre les parents biologiques est favorable aux enfants: moins de problèmes scolaires et de comportement.

Alors où est le problème?

Eric Widmer: Cela met une grande responsabilité sur le dos des parents - mais aussi des enfants. Elle fera sans doute le bonheur des gens bien dotés socialement et économiquement, mais probablement un peu moins de ceux qui ont peu de ressources. Car pour mettre en place une coparentalité active, il faut du temps, de l'argent, de grands domiciles et une capacité de négociation avec l'autre. Ce n'est pas donné à tout le monde. L'autorité conjointe peut être source de stress et de tensions, en particulier lorsque le divorce est très conflictuel. Mais aussi lorsque le parent gardien veut créer un nouveau noyau familial et distendre les liens avec l'ex-conjoint, comme c'est souvent la tendance dans les classes moins favorisées.




Dans la pratique

Désormais, il y aura trois possibilités: Monsieur prend le nom de Madame (les enfants aussi), Madame prend le nom de Monsieur (les enfants aussi), ou alors chacun conserve son nom. Dans ce cas, les époux devront décider ensemble au moment du mariage quel patronyme porteront les enfants. En revanche, il ne sera plus possible d'accoler le nom du conjoint à son nom de célibataire et d'avoir un double nom, comme cela se pratique actuellement. Les mêmes droits valent pour les couples homosexuels en partenariat enregistré.



+ d'infos:

"Père et non mariés en Suisse: pas simple ..." un dossier exclusif du magazine
Babybook Enfant numéro 5 actuellement en kiosque ou sur Babybook.ch

Source: Famille-ge.ch, article extrait d'Echo Magazine rédigé par Annick Monod

www.babybook.ch et www.parentsolo.ch



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