En exclusivité pour le magazine Babybook, le producteur et réalisateur Luc Besson nous a ouvert les portes de sa suite à Europa-Park (D), où il s'était rendu pour la première du DVD Arthur et les Minimoys 3. Autour d'une table et en toute simplicité, il nous a révélé ses conseils de pro pour un casting réussi. N'est-ce pas lui qui avait découvert Natalie Portman, alors âgée de 12 ans?
Quels conseils donneriez-vous à un enfant qui souhaite participer à un casting?
Il faut d'abord que les parents lui posent cette question toute simple: «Est-ce que cela t'amuse?». Le premier casting doit rester un bon moment, comme un jeu. L'erreur serait de tout de suite parler carrière à son enfant. L'idéal, c'est le contraire, quand l'envie se déclenche, ou pas, d'elle-même. Il se peut qu'un jour, l'enfant dise à ses parents qu'il aimerait suivre des cours de comédie ou de théâtre, et c'est seulement à ce moment-là que l'on pourra lui dire: «Oui, essayons.» J'ai un peu peur des parents qui poussent leur enfant, essaient de rêver à sa place ou à travers lui. Je crois qu'il faut avant tout respecter l'enfant. L'emmener faire un casting, c'est une idée très sympa, s'il en a envie et si cela se passe gentiment, sans prétention.
Vous semblez avoir un don avec les enfants, pas seulement pour trouver des perles comme Natalie Portman, mais aussi pour les diriger, comment faites-vous?
Un enfant, c'est particulier car il a une autonomie de... vingt minutes! Cela signifie qu'au bout de ce laps de temps, il s'arrête pour jouer au ballon ou faire autre chose. J'ai appris cela avec Natalie Portman, quand elle avait 12 ans (Léon). Elle était formidable pendant vingt minutes, puis elle s'arrêtait. Elle décrochait cinq minutes et réapparaissait. Elle reprenait sa scène, pour vingt minutes encore. Ce n'est pas bien grave, à partir du moment où on est prévenu. C'est en travaillant avec les enfants que l'on apprend tous ces détails. Il faut juste trouver les bonnes clés. Elles sont différentes de celles des adultes, et c'est pareil avec les acteurs sans expérience qui, eux, ont encore d'autres trucs que les acteurs plus expérimentés.
Avez-vous travaillé avec d'autres interprètes particuliers?
Dans ma vie, j'ai eu la chance d'avoir à diriger aussi bien des hommes de 1,95 m, comme Jean Reno, que des raies mantas, à qui j'expliquais qu'elles devaient aller à gauche ou revenir vers moi... C'est compliqué à diriger, une raie manta! Je dirai même que les acteurs les plus durs, finalement, sont les poissons, la communication étant très restreinte! Mais, avec le temps, vient l'expérience de ce rapport qui existe entre un metteur en scène et un interprète. C'est ça, le travail du metteur en scène: faire jouer des actrices admirables, des enfants, des animaux. On change simplement ses outils de travail à chaque fois, en fonction de l'interprète.
Avez-vous un accès direct à votre enfant intérieur?
Oui, et pour moi, c'est essentiel d'avoir accès à l'enfant que l'on était. Il y a d'ailleurs une distinction à faire entre ne pas oublier qui l'on était enfant ni d'où l'on vient, et le fait d'être enfantin. J'ai beau faire des films pour enfants comme Arthur, mais croyez-moi, quand je vois les feuilles de salaire à faire tous les mois, je ne me sens pas du tout enfantin!
Dans Arthur, le message écologique est très présent, est-ce important pour vous?
Les villes nous déracinent littéralement, et on peut tous faire ce même constat quand on part l'été au bord de la mer. Au bout de quelques jours, on est transformés, pas parce qu'on est loin du travail, mais juste parce que nous sommes au milieu d'éléments naturels – le vent, le soleil, la mer. Ces éléments nous remettent dans la réalité. Et quand, par exemple, la mer n'est pas bonne et que l'on ne peut pas naviguer, on subit la loi de la nature, et cela est très bien parce que cela nous en rapproche. J'ai beaucoup vécu au bord de la mer jusqu'à mes 10 ans, et je ne l'ai pas oublié. C'est important de transmettre cet aspect-là du monde aux enfants qui, jusqu'à 9 ans, sont des éponges. C'est avant cet âge qu'il faut leur transmettre des messages; après, c'est plus dur. Comme les parents ont souvent du mal à se faire entendre, autant utiliser Arthur pour faire passer les messages. Lui, au moins, ils l'écoutent! Mais tout de même, je suis étonné par ces nouvelles générations qui expliquent aux parents comment recycler...
Quand vous étiez enfant, vous rêviez d'être biologiste marin, ne regrettez-vous rien?
C'était plus qu'un rêve, c'était une envie. Mais je ne regrette rien, parce que pour exprimer mon amour de la mer, je n'ai pas eu besoin d'être biologiste marin. La partie technique de la mer ne m'intéressait pas, et je me suis demandé ce que je pouvais bien faire qui irait avec elle... Très vite, j'ai vu que l'on pouvait faire des films sur la mer, et j'ai réussi à allier mes deux passions au moins dans deux films (Le grand bleu et Atlantis). C'était une passion, pas une vocation.
Quel film de vous verrons-nous prochainement?
Je viens d'en finir un dont le tournage a duré cinq mois et qui s'intitule The Lady. C'est l'histoire incroyable d'Aung San Suu Kyi, cette Birmane qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1991. Avec ce film, j'ai découvert la Birmanie, l'Asie, le combat de cette femme pour la démocratie depuis des années, et cela m'a bouleversé. De plus, elle a vécu une des plus belles histoires d'amour. Ce genre de projet me motive énormément et me donne encore plus l'envie d'apprendre, de courir, d'avancer et surtout de regarder devant moi. Il y a encore tellement de choses à découvrir.
+d'infos:
Casting Babybook :
www.babybook.ch/casting-enfant
Propos recueillis par Richard Blat et Sabrina Faetanini
Source: Magazine Babybook (numéro 4 paru en mai 2011)
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